Cathy, la food healthy et créative

Cathy, la food healthy et créative

Rencontre avec Cathy Closier, créatrice de Season, le restaurant healthy du Marais qui ne désemplit pas depuis son ouverture il y a 3 ans. Cathy n’en est pas à son premier coup d’essai, elle qui a ouvert son premier restaurant à l’âge de 26 ans. Un parcours inspirant pour celle qui se destinait au secteur de la mode, et dont la vocation pour la restauration s’est révélée au hasard d’un petit job. Cathy revient sur son parcours, nous parle de ses sources d’inspiration, d’intuition, et d’organisation pour mener de front sa vie d’entrepreneure et de maman.

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Cathy Closier - La food healthy et créative - Catalyz'Her

Vous avez forcément déjà aperçu le Season sur votre fil Instagram : un lieu trendy, des jus healthy, des assiettes colorées composées d’avocado toasts, de green pancakes, et autres açai bowls. Ouvert en 2015, le Season séduit aussi bien les parisiens que les touristes étrangers, tous curieux de découvrir les recettes gourmandes et healthy du restaurant au 67K abonnés sur Instagram.

Ce succès, sa créatrice elle-même ne se l’explique pas complètement. Pourtant, Cathy Closier possède une solide expérience dans le domaine de la restauration : son premier restaurant, elle l’a ouvert près de la Sorbonne à l’âge de 26 ans. Cathy a ensuite pris ses quartiers dans le 3e arrondissement de Paris, son quartier de coeur, pour y établir le Café Crème, le Café Rouge, puis le Café de la Poste. L’aventure Season marque une nouvelle étape dans la vie de cette mumpreneur passionnée.

Cathy, au départ, rien ne te destinait à la restauration ?
Absolument pas ! J’ai fait l’ISEM, une école qui destine à devenir acheteuse ou chef de produit dans la mode. Après ces 3 années d’école, j’ai fait un an de stylisme. Ensuite, j’ai envoyé beaucoup de CV. Je n’ai eu aucun entretien. Ça commençait à agir sur mon moral. Du coup, j’ai pris un petit job de serveuse pour reprendre un peu d’activité. J’ai vraiment bien aimé, et je suis passée rapidement manager. Je me suis dit que c’était une bonne expérience de gérer une équipe. J’ai fait ça pendant un an, et suite à une rupture amoureuse, je suis partie à New York.

Ça a été une révélation pour toi la restauration ?
Complètement ! Là où je me suis vraiment dit que c’est ce que j’avais envie de faire, c’est à New York. Là-bas, j’ai travaillé dans des restos qui ressemblaient à ce que j’aimais. Je me suis éclatée !
Par ailleurs, on m’a fait une proposition de travail dans la mode. Le truc de rêve : je pouvais m’installer à New York, avoir un job en rapport avec mes études, avec des responsabilités, ils me faisaient mes papiers,…

« J’ai commencé ce job-là, je me levais tous les matins en n’étant pas bien. À partir du moment où j’ai pris la décision d’arrêter, et de retourner travailler dans un restaurant, c’était le grand bonheur. Je me suis trouvée ! »

Qu’est-ce qui fait que tu es rentrée en France ?
Ça a été un coup de chance. Je travaillais dans un restaurant à New York, et un soir, un de mes anciens patrons de l’Indiana Café est entré dans le restaurant. C’était la joie de se retrouver ! Je lui ai raconté que je venais de laisser tomber un job, et il m’a demandé : « Mais du coup, qu’est-ce que tu veux vraiment faire ? ». Et là, je lui ai dit : « Je voudrais ouvrir un restaurant ». Il m’a répondu : « Alors rentre en France. On va t’aider ». J’ai mis 2 ou 3 jours à me demander si c’était sérieux ou pas. Je suis rentrée, j’ai retravaillé 2 mois pour eux, j’ai monté mon dossier, et après c’était parti.

C’est quoi la réaction des gens quand tu dis que tu veux monter ton propre établissement à 26 ans ?
Tout le monde rigole ! Presque personne ne me prenait au sérieux. Mes parents étaient complètement en panique. Et quand on ouvre, personne ne pense que c’est vraiment votre restaurant. Encore aujourd’hui d’ailleurs !

C’est-à-dire ?
On demande toujours le patron. Même quand quelqu’un dit : « Elle est là », les gens vont répondre : « Non. Le patron ! ». Avec Emin [collaborateur de Cathy], quand on fait des rendez-vous ensemble, généralement les gens s’adressent à lui.
Après quand les gens réalisent, ce qui est drôle, c’est qu’ils trouvent ça « extraordinaire ».

« On m’a toujours dit : « Pour une femme, c’est incroyable ! », alors que beaucoup d’hommes ont eux aussi monté des restaurants à 26 ans ou moins. »

Quelle est la place des femmes parmi les créateurs de restaurants ?
Quand j’ai commencé, il n’y en avait pas beaucoup. Je le voyais aux réunions de restaurateurs ou sur d’autres événements où j’étais souvent la seule. Maintenant, ça change. Je pense que les femmes ont moins peur. Entreprendre d’une manière générale, ça se démocratise un peu, du coup ça ouvre la porte aux femmes. Et surtout je pense que la génération des 25-30 ans n’a plus peur.

Passion
Cathy Closier - La food healthy et créative - Catalyz'Her
Intuition

Avec le Café Crème, tu as décidé de t’établir dans le Haut Marais à une période où le quartier n’était pas encore très développé. C’était un pari, non ?
Je ne sais pas pourquoi, mais j’y ai toujours cru. Pour moi, c’était une évidence que ce quartier allait marcher. Le premier mois a été un petit peu difficile, j’avoue ! Le midi ça marchait bien, mais le soir c’était une catastrophe. On a eu de longues soirées,… Mais on a eu de la chance parce qu’on avait ouvert au mois d’avril, et dès qu’il s’est mis à faire beau, notre terrasse a bien fonctionné.

Tu as l’habitude de te fier à ton intuition ?
Au départ, je n’étais pas forcément assez sûre de moi dans ce métier.

« Avec l’expérience, je vois que quand j’ai une intuition et que je ne la suis pas, je me trompe. »

C’est pas facile parce que parfois, on se dit : « Non, c’est pas possible ». J’apprends encore aujourd’hui à suivre mon intuition, parce qu’en plus, c’est en accord avec moi-même. Je pense que pour réussir dans une entreprise, il faut faire quelque chose qui est en accord avec soi-même sinon ça ne fonctionne pas si ça ne vous ressemble pas.

Comment se manifeste l’intuition chez toi ?
Je la sens, et je sens encore plus fort la mauvaise intuition. Je sens quand ça n’est pas bon pour moi ou pour l’entreprise. J’ai eu des échecs, et c’est surtout avec ça que je me suis rendue compte que j’aurais dû suivre mon intuition. En même temps, c’est aussi comme ça que j’ai appris qu’il fallait absolument que je m’écoute.
Quand je fais mes menus, si j’ai une intuition sur un plat, j’ai des réactions physiques. Ou si je suis surexcitée par quelque chose, je sais que c’est une bonne idée, donc je vais insister auprès de mon équipe. Je pousse tout le monde à suivre son instinct.

Après l’ouverture du Café Crème, tu as décidé d’ouvrir de nouveaux établissements. Pour quelle raison ?
Je m’ennuie assez vite. Une fois que les choses sont en place et roulent, je peux assez vite me déprimer si je ne suis pas dans la création d’une ouverture. Donc après, j’ai ouvert le Café Rouge. Ça a été une expérience extrêmement difficile. J’ai beaucoup appris sur moi. J’ai frôlé la catastrophe, ça a été hyper dur. J’ai beaucoup pleuré. Je pensais que j’allais tout perdre. C’est là où j’ai appris à me battre, à puiser dans mes ressources pour ne pas lâcher. Au bout de 5 ans et demi, j’ai revendu. Après ça, j’ai ouvert le Café de la Poste, rue de Turennes, et ensuite, Season.

Comment est née l’idée de Season ?
Mon inspiration, c’est totalement mon expérience à New York. Je continue d’y aller régulièrement. Pour moi c’est complètement nécessaire. Je reprends de l’énergie là-bas, et c’est vraiment là-bas que je peux être créative.
L’idée de Season, c’était de retrouver tout ce que j’aime là-bas et qui n’existait pas encore ici. De la même manière que j’ai pensé le Café Crème, ou le Café de la Poste, j’avais juste envie de quelque chose de nouveau, et de mettre tout ce dont je rêvais. C’est le restaurant où j’ai eu le plus peur d’ailleurs. C’était davantage un pari.

Comment est-ce que tu expliques le succès de Season ?
Je n’avais pas prévu du tout. Comme les autres, ça a été la même démarche de création de déco, création de la carte,… J’ai ouvert dans ce quartier parce que je l’aime. Je me disais que ce que je voulais faire allait correspondre à la clientèle du quartier parce que je la connais bien. En fait, je réfléchissais en termes de quartier. Je pense qu’après, c’est Instagram qui fait que ça a ouvert sur tout Paris et sur l’étranger. C’est aussi ça qui fait le Season. C’est que c’est arrivé à un moment où tout ce qui est food sur Instagram a énormément de succès. J’aurais ouvert Season il y a 8 ans, ça n’aurait peut-être pas été la même chose.

C’est aussi une question de timing donc ?
Complètement ! J’ai peut-être eu envie de faire ça au bon moment. Il y a beaucoup de travail derrière tout ça, mais il y a aussi une petite partie de chance, ou peut-être d’intuition.

« Je ne réfléchis pas au succès, ou au fait que je veux que ce soit un succès. C’est mon avis, mais il ne faut pas réfléchir de cette manière-là. Il faut juste faire les choses, travailler énormément, et si ça marche, c’est magnifique. »

Quels sont tes moteurs dans l’ouverture de tes différents établissements ?
J’aurais du mal à acheter un restaurant qui me convient déjà, et à simplement l’ouvrir. J’adore tout le processus de création, même si c’est complètement tordu parce que c’est le moment le plus stressant, on doute en permanence, on n’a plus d’objectivité sur les choses,… mais c’est hyper excitant de voir un lieu, de le mettre complètement à nu, de le voir naître au fur et à mesure, de faire la carte, d’avoir les premiers retours de clients. C’est un processus de création qui m’est devenu indispensable.

Tu parles du stress des travaux notamment. Comment est-ce que tu gères les moments difficiles ?
Beaucoup de gens voient la face : c’est sympa, on rencontre des gens,… mais il y a quand même énormément de travail derrière, énormément de stress. J’ai appris à relativiser, à essayer de positiver chaque problème. Ce qui n’empêche que je suis comme tout le monde. Quand il m’arrive des choses vraiment difficiles, je vais pleurer, je vais m’enfoncer pendant 24h,… Par contre, je suis quelqu’un qui rebondit assez vite. J’essaie toujours de positiver quand il m’arrive quelque chose. Je cherche pourquoi ça m’est arrivé, et où je dois travailler ou reprendre des choses en mains. Je me dis toujours que ça m’est arrivé pour une raison bien précise.

Comment trouves-tu un équilibre entre ta vie pro et ta vie perso ?
C’est une organisation un peu militaire parce que j’ai deux enfants. Il faut s’organiser, et apprendre à se connaître aussi. Moi qui étais plutôt quelqu’un du soir, avec mes enfants, je me suis dit que ça allait être la catastrophe. Finalement, maintenant je me lève très tôt et je me suis rendue compte que j’étais hyper efficace le matin.
Je ne travaille plus le soir. Je mets un point d’honneur à rentrer et à faire à diner à mes enfants. Ça me permet de faire une coupure, et je pense que c’est important de trouver un moyen de couper à un moment donné.

Cette nouvelle organisation s’est faite naturellement pour toi ?
Je me suis fait violence, parce que c’était beaucoup de culpabilité pour moi.

« Je culpabilisais pour le travail, et je culpabilisais pour mes enfants. J’avais l’impression que je n’arrivais pas à trouver la bonne organisation pour être et avec eux, et être à 100% dans mon travail. »

Ça a été un peu dur au départ. Mon premier garçon, j’allais le chercher à 16h30 en me disant que c’était hyper important,… mais pendant 2h, j’étais hyper stressée parce que je devais continuer à répondre à des messages. J’ai mis 3 ans à prendre quelqu’un pour aller le chercher à l’école. Au final, je me suis rendue compte que je pouvais bien finir ma journée de travail, et quand je rentrais, j’étais vraiment avec lui. Ça a mis un peu de temps mais maintenant, je pense que j’ai trouvé le bon équilibre. Je suis quand même beaucoup avec eux.

Tu penses que le côté famille dissuade encore beaucoup de femmes de se lancer dans la profession ?
Je sais qu’au départ, c’était mal vu par la profession. C’était du genre : « Elle est enceinte, c’est fini pour elle. Elle ne va plus être à 100% dans son travail ». J’étais obligée de ne montrer qu’un côté masculin de ma personnalité. Je me rappelle que d’autres restaurateurs ou des fournisseurs disaient : « Cathy, elle ne fera jamais d’enfant ». Ça a un peu surpris tout le monde quand je suis tombée enceinte. J’ai entendu beaucoup de phrases comme ça, qui disaient que c’était terminé pour moi.

« Moi je pense que j’ai réalisé beaucoup plus de choses professionnellement depuis que j’ai mes enfants. J’ai appris à être beaucoup plus efficace, à relativiser sur plein de choses. »

J’ai ouvert le Café de la Poste et Season avec mes enfants. Des jeunes femmes enceintes viennent me voir et me posent beaucoup de questions là-dessus. Je les rassure toujours sur le fait que pour moi, même si j’ai beaucoup douté, je me suis encore plus envolée qu’avant.

Pour toi, quelles sont les qualités pour réussir dans ce milieu ?
Il faut avoir une vraie force de travail. C’est un nombre d’heures incalculable. Etre capable de gérer du stress aussi, et après c’est d’être passionné. On ne peut pas faire ce métier si on n’est pas passionné. C’est un métier qui est difficile, donc je pense qu’il faut avoir un caractère où on ne lâche rien.

Quelle est ta vision de la réussite aujourd’hui ?
Pour moi, la réussite, c’est de se dire qu’on est au bon endroit, qu’on fait ce qu’on a envie de faire, et quand on se lève le matin, on a envie d’y aller. Il ne me faut rien de plus. C’est ce que je vis avec Season. C’est la grande aventure !

Qu’est-ce que tu as appris sur toi dans toute cette aventure ?
J’ai appris que j’étais une battante, alors que je pensais ne pas l’être. Avec les années, je me suis rendue compte qu’à chaque fois qu’on essaie de me démotiver, ou qu’on me dit des choses dures à encaisser, ça développe chez moi un instinct pour démontrer à la personne le contraire. Je suis quelqu’un d’extrêmement sensible, mais dans le milieu professionnel, j’arrive à gérer des moments difficiles. Je ne pensais pas que j’avais cette force-là.

Un message que tu aimerais partager avec les femmes qui veulent se lancer dans leur propre aventure ?
Mon message, ça serait de ne pas avoir peur, et ne ne pas lâcher.

« À partir du moment où je rêve de quelque chose, le rêve se transforme en objectif. Il faut essayer d’atteindre à tout prix cet objectif. »

Ne jamais se mettre de barrière, parce que tout est possible. Il n’y a pas de limite. Je trouve que c’est ça qui est excitant quand on entreprend, c’est de se dire que tout peut arriver.

INSPIRATION
Les petites filles avec des rêves deviennent des femmes avec une vision.
Irène Olczak, la fondatrice de Paulette Magazine. C’est devenue une amie et on se booste l’une l’autre.

Season – Les Actus :
Le concept Season continue de se déployer : un corner Season Fit ouvrira début octobre au sein du nouveau club de sport La Montgolfière, puis un deuxième restaurant Season sera dévoilé dans les mois à venir. Cathy promet aussi de belles collaborations à venir, et de nombreuses surprises en 2019. #StayTuned

Création
Cathy Closier - La food healthy et créative - Catalyz'Her

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Amandine Teyssier
Amandine Teyssier
amandine-teys@hotmail.fr

Fondatrice Catalyz'Her : inspiration & empowerment pour accompagner les femmes dans leur {Rêv}olution professionnelle.

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