Charlotte, conjuguer entrepreneuriat et bien-être

Charlotte, conjuguer entrepreneuriat et bien-être

Rencontre avec Charlotte Muller, co-fondatrice de la start-up LeService Paris, une application de mise en relation avec des professionnels du bien-être, et un appartement accueillant cours et événements. Anciennement juriste au sein de grands groupes, Charlotte revient sur les étapes de la création de sa start-up : idée, financement, développement de l’application,… et parle aussi de son changement de vie, de rythme, et livre ses conseils pour les femmes qui cherchent leur voie et veulent entreprendre.

12 min

Charlotte Muller : Conjuguer entrepreneuriat et bien-être - Catalyz'Her

Charlotte, quel a été ton parcours avant d’entreprendre ?
J’ai suivi un double cursus de droit français et droit anglo-américain. Je voulais un cursus qui soit très ouvert sur d’autres cultures. Je suis partie faire mes études un an à Singapour, et un an à New York. Je pense qu’on apprend beaucoup de la diversité et des autres. Quand on confronte ce qu’on pense être ses acquis, on devient beaucoup plus agile et flexible. C’est comme ça que je me suis retrouvée dans des grands groupes du CAC 40.

Comment as-tu évolué vers l’univers start-up et l’entrepreneuriat ?
J’étais plutôt une juriste conseil, dans l’accompagnement des négociations. Au fur et à mesure, j’ai tissé des liens avec les départements digitaux pour tout ce qui était campagnes digitales, concours avec les start-ups, transferts de technologies et partenariats. Je me suis aussi rapprochée des ingénieurs. Mon petit frère est ingénieur, et à un moment donné, on s’est dit que ça faisait sens de créer une start-up ensemble.

Pas trop compliqué de s’associer avec son frère ?
Je pense que c’est la personne qui me connaît le mieux. Il connaît mes qualités et mes défauts. On est très différents et très complémentaires. Mon frère est très technique, et c’est quelqu’un de très calme, avec une vision long terme. Moi, je suis très méticuleuse et avec mon background juridique, c’était assez simple de voir comment structurer la société, et les points clés du pacte d’actionnaire.

« Dans l’association, on n’a pas besoin d’une réplique de soi. Il faut s’associer avec des personnes qui sont complémentaires de nos forces et de nos faiblesses pour aller plus loin. »

On s’est lancés en étant trois co-fondateurs avec des coeurs d’expertise distincts pour faire grandir notre idée.

Quel a été le déclic pour dépasser le stade de l’idée et te lancer ?
Je pense que comme beaucoup d’entrepreneurs, à un moment tu as une idée, et cette idée elle t’anime tellement que ça devient beaucoup trop insupportable que quelqu’un puisse le faire à ta place, que quelqu’un le fasse différemment alors que tu y as pensé, tu y penses jour et nuit, et tu sais comment l’exécuter.

Comment est née l’idée de LeService ?
L’idée est née d’un besoin. Mon frère est ingénieur, moi j’étais juriste. On avait des journées sans fin et on se disait que comme nous, les cadres urbains pressés avaient sûrement des besoins de bien-être, de beauté, et de zen.
S’il y avait un outil qui leur permettait de mieux gérer leur stress, ça serait bien qu’on le crée. On voulait apporter une fluidité dans la réservation des professionnels qu’on avait identifiés comme étant les super experts à Paris, pour qu’ils viennent à eux soit sur leur lieu de travail, soit à domicile.

C’est devenu un vrai besoin le bien-être dans la société actuelle ?
Il y a vraiment ce souci d’apporter une bouffée d’oxygène au travail.

« Il y a plus de burnout qu’il n’y en a jamais eu, et le travail ne doit pas être un lieu aliénant. Si on ne motive pas les salariés, si on ne se soucie pas de leur épanouissement, on aura évidemment des salariés qui vont partir. »

De plus en plus d’entreprises veulent mettre en place des mesures pour améliorer la qualité de vie au travail. On propose différentes prestations, tels que des cours de yoga, de méditation, des massages.
Il y a aussi des cadres urbains pressés qui n’ont pas le temps d’aller dans une salle, et qui vont nous demander des cours très tôt le matin, ou tard le soir.

Est-ce que ça fait peur de quitter le salariat pour créer sa start-up ?
Je n’ai quitté mon poste de salarié que lorsqu’on a été admis à Station F. Ça a été une vraie fierté d’être parmi les premiers à rejoindre le programme de Xavier Niel.

« Quand j’ai fait mes études de droit, c’est sûr que je ne me disais pas que je finirai incubée à Station F qui n’existait pas à l’époque, à faire partie de ces 40% de femmes entrepreneures. »

Mais je viens d’une famille où il n’y a que des indépendants. Mon frère et moi étions les seuls à avoir choisi le salariat dans nos premières années d’expérience. On a toujours vécu avec l’entrepreneuriat de nos parents. Ça a été une grande source d’inspiration pour nous.
Sur le côté technique, j’avais eu des expériences avec le digital dans des grands groupes, mais je ne savais pas coder. Pendant le lancement de la start-up, j’ai pris des cours de code pour être capable de comprendre le produit, de parler aux équipes, et de les accompagner.

Comment fait-on pour développer une application telle que LeService ?
LeService, c’est une application et un appartement. On vous propose de trouver le professionnel du bien-être qui vous convient pour le faire venir chez vous, ou dans votre entreprise. Vous pouvez aussi réserver une session collective à l’appartement.
Derrière l’application, il y a une multitude de spécificités et de compétences différentes. Chacune des fonctionnalités se traduit par des lignes et des lignes de code. C’est d’autant plus vrai quand comme nous, vous intégrez de la géolocalisation, des disponibilités en temps réel,… Tout ça se traduit par des compétences techniques propres qui nécessitent une équipe complète. Si vous le faites développer à l’extérieur, vous n’arriverez pas à avoir une application de cet ordre-là pour moins de 70 000 ou 80 000€ parce qu’il faut une équipe complète de développeurs qui vont travailler à temps plein pendant plusieurs mois.

Comment avez-vous fait pour donner vie au projet ?
Pendant 8 mois, on a développé LeService en parallèle de nos emplois respectifs. On a eu la possibilité d’avoir un financement avec Pôle Emploi qui correspondait à la moitié de notre droit au chômage. On a investi ce financement dans la société. On est aussi allés chercher des bourses pour l’entrepreneuriat au féminin.
Il y avait le business plan à faire, convaincre les professionnels du bien-être de nous faire confiance, et développer l’application qui est lourde, avec plus de 170 000 lignes de codes. Mes deux autres co-fondateurs sont ingénieurs donc ils codaient, accompagnés d’une équipe de plusieurs développeurs juniors.
Et puis il a fallu convaincre nos premiers clients qu’on est allés chercher dans notre réseau : des avocats, des consultants qui avaient des journées stressantes,… c’est avec eux qu’on a exécuté la première version bêta.

Qu’est-ce que vous a apporté l’incubation à Station F ?
Le grand mantra de Station F, c’est que 90% des problèmes de startuppers peuvent être résolus par d’autres startuppers. Il existe des Guild qui sont des groupes de travail où l’on apprend d’autres entrepreneurs qui sont à un niveau plus avancé que le nôtre. Il y a un transfert de compétences qui s’opère. Ils nous disent comment résoudre certaines problématiques que l’on peut avoir. Pour ça, c’était formidable d’être incubé là-bas.

Startup
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Equilibre
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Quelques clés pour expliquer la réussite de LeService ?
La première chose, c’est avoir un bon time-to-market : c’est l’équilibre entre l’idée, et le fait que le marché soit prêt à l’accepter. Une fois que le produit a vu le jour, notre préoccupation première, c’était nos clients et leur satisfaction. Toujours être user-centric, voir comment nos clients utilisaient la plateforme, et comment l’améliorer pour mieux répondre à leurs besoins. Ça nécessite beaucoup de temps et d’énergie, et c’est sans fin. Vous êtes tout le temps en train d’améliorer votre produit pour pouvoir satisfaire votre client.

Quelles sont les qualités essentielles pour réussir lorsqu’on entreprend selon toi ?
Il faut être ambitieux, courageux, et résilient quand on entreprend. Vous allez avoir 1000 coups durs. Il faut être solide parce qu’à un moment, vous allez être à un pic et ce sera super, et la demie heure suivante, ce sera le drame. Il faut avoir cette capacité à aller chercher au fond de soi la motivation, et se souvenir pourquoi on a commencé, garder cette ambition du premier jour, et se souvenir qu’on ne le fait pas pour soi, mais qu’on le fait pour son client. Si vous avez tout le temps votre client en tête, et que vous êtes ambitieux, vous ne supporterez pas de le décevoir.

C’est quoi ta vision de la réussite ?

« J’ai passé des années dans des grands groupes où la réussite, c’est la progression et la visibilité. Aujourd’hui, je privilégie énormément ma liberté et mon temps. »

La seule chose qu’on ne peut pas récupérer, c’est le temps. C’est quelque chose qu’on ne peut pas acheter, quelque chose qui file à une vitesse folle,… donc aujourd’hui, je privilégie un équilibre où je peux avoir des journées hyper intenses, et je peux m’autoriser à avoir des demies-journées beaucoup plus calmes. Cet équilibre vie pro et vie perso, il n’a pas de prix en ayant créé ma société.

Comment tu le construis cet équilibre depuis que tu as créé LeService ?
Je fais du yoga plusieurs fois par semaine, je médite, et j’intègre plus de temps pour ma vie privée et ma famille, ce que je ne faisais pas avant. Avant, mon boulot passait avant tout. L’entrepreneuriat, on dit souvent que c’est un marathon qui doit être couru à la vitesse du sprint. Tu le fais la première année, la deuxième année, et après tu te dis : « Je n’ai pas créé tout ça pour être à nouveau dans la même dynamique qu’avant. Je mérite ce temps pour moi, et je vais me l’accorder. » Ça c’est vraiment un luxe ultime.

Ça a été facile de te l’accorder ce temps ?
Au bout d’un moment, on se dit qu’il est temps de traiter sa société et de se traiter soi-même de la même façon. Je pourrais toujours enchaîner les tâches, ou alors m’arrêter, prendre du recul et regarder si je ne ferais pas mieux de m’écouter et de vivre à un autre rythme.
Ça a été d’autant plus dur en étant juriste de formation, car hyper rigoureuse et perfectionniste.

« Avec la startup, j’ai dû apprendre à travailler différemment. On développe une fonctionnalité à 60%, et on accepte que c’est ce qu’on va présenter au client, pas parce qu’on aime le travail à moitié fait, mais parce qu’on veut que ce soit ce qui va lui servir. »

De ces retours clients, on va se nourrir pour finir chacune de ces fonctionnalités.
Ça va à l’encontre de la logique d’un grand groupe dans lequel on doit livrer quelque chose de totalement parfait, alors qu’en startup, on doit s’améliorer de façon continue.

Est-ce que tu imaginais prendre un jour ce virage de l’entrepreneuriat ?
J’ai toujours été quelqu’un qui n’avait pas envie de faire comme tout le monde. Même si j’étais la bonne petite élève, j’avais envie d’aller au-delà de ma zone de confort.
J’avais 21 ans quand j’ai candidaté pour partir seule faire mes études à Singapour. C’était loin de ma zone de confort. J’en avais 25 quand je me suis retrouvée au Qatar dans un cabinet d’avocats, c’était aussi loin de la culture que je connaissais.
Je pense qu’on apprend au-delà de la zone de confort. Si tu restes tout le temps dans ta zone de confort, tu n’apprendras pas.

« C’est en étant confronté à quelque chose que tu penses ne pas savoir faire que tu vas te dépasser. »

Si tu ne fais pas une chose qui t’effraie tous les jours, la chose que tu redoutes de faire, que tu es en train de repousser de ta to-do list de jour en jour, si tu ne la fais pas, tu n’évolueras jamais. Alors que si tu la fais en première intention dès le matin, tu as un sentiment de fierté qui est fou, et moi je voulais vivre avec ce sentiment de fierté et d’alignement où je suis tout le temps en train d’apprendre.

Qu’est-ce que tu souhaites apprendre ?
Apprendre, c’est apprendre de mon environnement professionnel, mais c’est aussi apprendre sur moi au fur et à mesure que je me développe, et comprendre un peu plus ce qui est fait pour moi, plutôt que de laisser des RH me mettre dans une case parce que c’est très français : la case. Tu as tel diplôme, tu es sur tel cursus, ton poste suivant, ce sera ça. Pour ma part, je pense que je n’ai qu’une seule vie, les yogis diront peut-être qu’il y en a plusieurs, mais moi je pense que je n’ai qu’une seule vie et qu’il faut vraiment que je la vive au maximum. Je ne me mets pas de limite. Tant que ça me motive et que je suis en train d’apprendre, tant que je vais toujours la zone au-delà de ma zone de confort à moi, c’est un peu ça qui guide mes choix.

Comment est-ce qu’on parvient à trouver ce qui est fait pour soi selon toi ?

« Je pense qu’il faut vraiment faire son introspection et se demander : « Qu’est-ce qui est essentiel pour moi maintenant ? ». Ne pas vivre avec les idéaux des autres.

Ne pas se dire que la vie, c’est une checklist avec la voiture, la maison, les enfants, le chien, et tout ce qui est socialement convenu, mais plutôt: « Qu’est-ce qui fonctionne là maintenant pour moi ? ». Et si on ne sait pas encore, on peut déjà se demander qu’est-ce qui ne fonctionne pas. Prendre le temps de cette introspection, et s’aligner étape par étape. On ne va pas changer de vie du jour au lendemain parce qu’on est devenu la start-up nation.

L’entrepreneuriat est à la mode. Un mot là-dessus ?
On n’est pas tous faits pour l’entrepreneuriat. On peut être freelance par exemple. Il y a une différence entre un freelance qui a 1000 idées et qui doit savoir celle avec laquelle il va vivre, qui va représenter une mission pour lui, et un startupper qui va savoir s’entourer pour exécuter une idée.

Des conseils que tu aimerais partager avec les femmes qui veulent créer leur entreprise ?
Des études ont prouvé que les femmes sont meilleures gestionnaires parce qu’elles vont dépenser moins. Mais ça vient aussi avec un inconvénient : quand il faut aller demander des fonds pour soutenir une hyper-croissance, statistiquement il a été prouvé que les femmes demandent moins, et reçoivent moins.
L’argent, c’est le nerf de la guerre. Il faut être réaliste sur la marge dont vous avez besoin et les coûts réels de la société. Les coûts réels, ça n’est pas juste sortir un produit de terre. C’est toute la communication, toutes vos charges,… Il faut avoir une vision juste et fine sur votre besoin de trésorerie. Il existe des financements publics comme la BPI, mais aussi des concours pour le financement de projets portés par des femmes comme Créatrices d’Avenir, ou les incubateurs comme WILLA, Start’Her, etc.

Autre chose ?
Il y a quelques années, j’entendais que si on partageait son idée, on allait se la faire piquer. Cela vaut si vous êtes en train de révolutionner quelque chose où il pourrait y avoir la question d’un brevet en jeu. Mais sinon, n’ayez pas peur de parler de vos idées.

« C’est en échangeant que vous allez voir des prismes différents du vôtre. Allez au-delà de la zone qui est la vôtre, de votre zone de confort mais aussi de raisonnement. Echangez, vous apprendrez. »

INSPIRATION
« Agir en primitif et prévoir en stratège.
L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant…
L’intelligence avec l’ange, notre primordial souci.
Poésie, la vie future à l’intérieur de l’homme requalifié.
Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. » – René Char
Une amie à la croisée des chemins : elle a une très belle carrière dans le digital au sein de grands groupes, et à côté de ça, c’est une yogi passionnée qui prend le temps de s’écouter.
Lean Startup d’Eric Ries et Business Model Generation d’Alexander Osterwalder et Yves Pigneur. Ce dernier livre m’a beaucoup inspirée. Il analyse le business model de grands groupes et t’aide à modéliser ton idée et à créer des modèles hybrides.
Ain’t no mountain high enough de Marvin Gaye et Tammi Terrell

LeService Paris :
Co-fondé par Charlotte Muller, LeService est une application et un appartement dédiés au bien-être pour les entreprises et les particuliers. La plateforme vous met en relation avec des professionnels qui proposent un ensemble de prestations : des cours de sport, de yoga, de méditation,…pour vous permettre d’avoir une vie personnelle et une vie professionnelle plus équilibrées et plus zen.

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Amandine Teyssier
Amandine Teyssier
amandine-teys@hotmail.fr

Fondatrice Catalyz'Her : inspiration & empowerment pour accompagner les femmes dans leur {Rêv}olution professionnelle.

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