Frédérique, slasheuse et entrepreneure slow

Frédérique, slasheuse et entrepreneure slow

Rencontre avec Frédérique Leininger, fondatrice de La Maison FMK Paris, Maison de mode éthique et organisatrice d’événements slow life à destination des femmes à travers son mouvement Tutu Therapy. Frédérique revient sur son parcours de créatrice, et sa transformation personnelle et professionnelle suite à un cancer du sein diagnostiqué en 2016. L’histoire d’une slasheuse qui parle de créativité, de féminin sacré, et du besoin de ralentir pour se reconnecter et rayonner.

10 min

Frédérique Leininger - Slasheuse et entrepreneure slow - Catalyz'Her

Frédérique, quel a été ton parcours scolaire ?
J’ai fait un Bac L et ensuite, j’ai fait une école de commerce et un master en business, management et stratégie d’entreprise. Je pense que j’ai fait ces études-là pour faire plaisir à mes parents, obtenir leur adhésion, et coller à leur idée de la réussite.

« J’avais toujours ce truc très créatif en moi, mais qui n’arrivait pas à sortir ou qui ne s’autorisait pas à s’exprimer, comme l’écriture, le dessin, et cet amour inconditionnel pour le vêtement et surtout pour la femme,… mais je me disais que c’était une passion, pas un métier. »

Je viens de Côte d’Ivoire, et là-bas, c’est pas vraiment un métier la couture. La couture ou l’artisanat, c’est pour les personnes qui n’ont pas pu s’instruire.

À quel moment est-ce que tu t’es autorisée à aller vers le domaine de la mode ?
Après mon master, j’ai dit à mes parents que ce que j’avais envie de faire, c’était de dessiner, de créer des vêtements, et d’habiller la femme. Je pense qu’au départ, ils ont pris ça pour un caprice.
Je suis partie à Milan où j’ai intégré Marangoni, une école de mode créative. Là, ça a été l’explosion ! Le bonheur ! Je me suis découverte. Ça a vraiment été comme une naissance pour moi. J’ai choisi la filière Fashion Design. C’était un programme intensif d’un an dans lequel tu apprends à coudre, à dessiner,… c’était génial !

Comment a réagi ton entourage quand tu as décidé de faire cette école de mode ?
Je crois qu’ils ont tous cru que c’était une grande blague. Ils me projetaient leurs peurs, mais je n’étais pas du tout réceptive. J’étais déchaînée quand je suis partie là-bas. Je me disais : « Je peux tout faire ! ». Je ne cherchais pas à convaincre. Je cherchais juste à m’accomplir.

C’est là que tu as finalement imaginé faire de la mode ton métier ?
Quand j’ai fait cette école, j’ai voulu être créatrice tout de suite. Je n’arrivais pas à me projeter dans le fait d’être styliste.

« J’avais tellement d’idées, tellement d’envies, et tellement de réponses à donner à travers la mode… »

Et ça ne me faisait pas peur. C’est aussi ma formation en marketing qui m’a fait me dire : « Je peux créer mon truc ». J’ai toujours eu ce tempérament d’entrepreneur.

Ton école de commerce et ton école de mode se sont bien complétées finalement ?
Très vite je me suis dit : « C’était le plan ». Étant tellement créative, il fallait que j’ai un cursus plus cartésien qui allait m’apporter de la structure et un ancrage pour mon projet créatif.

Comment a mûri ton projet à la sortie de Manrangoni ?
Je suis rentrée à Nice, et j’ai fait quelques stages dans des maisons de haute couture à Monaco et à Cannes. Je parlais de mon projet et je montrais mes dessins, mais il fallait que j’aille à Paris. Tout se passe à Paris.
Je croyais très fort à mon projet, et j’avais cette idée saugrenue alors qu’on était en 2009, de vouloir absolument une mode éthique, qui soit respectueuse de l’environnement et de l’humain. Ça paraissait surréaliste pour les autres, mais moi ça me paraissait tout à fait normal.

Le choix d’une mode éthique, c’est des difficultés supplémentaires, non ?
Ça a été super dur. En 2009, la mode éthique n’était pas tendance comme aujourd’hui où on parle de plus en plus de slow fashion. C’était quelque chose associé à un esprit hippy, à la marge. J’étais très jeune, ne sachant pas sourcer des matières qui répondent à ces critères-là. J’ai dû batailler évidemment. Chercher les sources moi-même, me faire accepter et comprendre des ateliers avec lesquels je voulais travailler, etc. C’était pas évident.

Malgré les difficultés, c’était un choix non-négociable pour toi cette dimension éthique ?
C’était non négociable ! Et pourtant, j’ai essayé. Je me suis dit : « Et si je sacrifiais ça ou ça ? ». Mais ça n’était pas moi. J’ai tellement eu l’habitude de faire des choses qui n’étaient pas moi, même dans mes études, que je refusais. C’était difficile, mais il n’y a rien de comparable à ça. C’est l’authenticité qui fait qu’aujourd’hui une personne va acheter ce que je fais.

Finalement, comment est née la Maison FMK Paris ?
Petite, je signais mes dessins et mes petits textes FMK pour Frédérique Marlène Kragbé. Marlène est mon deuxième prénom, et Kragbé mon nom de jeune fille. C’est une espèce de deuxième identité créative que j’ai depuis que je sais écrire.
Avec FMK, j’ai commencé par upcycler du vintage pour faire des pièces uniques haut de gamme. La transition a été progressive sur la robe, le jupon,… En 2015, j’ai décidé de faire un premier tutu. J’ai trouvé ça intéressant de pouvoir upcycler du tulle haute couture pour créer un tutu qui pouvait être porté par toutes les nanas. C’est une pièce très élégante qu’on porte pour être la plus belle. Ça connectait pour moi à la féminité qu’on perd de plus en plus. Je me suis dit : « La nana qui a envie d’être hyper féminine, d’avoir sa pièce chouchou, elle prendra un tutu chez moi ! ».

Quel a été l’accueil réservé à cette ligne de tutus éthiques ?
La galerie de l’Opéra de Paris m’a contactée, et ils ont décidé de m’acheter une collection. J’ai trouvé ça dingue !

« Ça m’a confortée dans mon choix de proposer une mode éthique et fun, qui ne ressemblait pas à l’idée que les gens se faisaient de la mode éthique. »

Quand on pense mode éthique, on imagine que forcément, c’est du chanvre, ça va être blanc ou beige,… il y a beaucoup d’idées pré-conçues.

Éthique
Frédérique Leininger - Slasheuse et entrepreneure slow - Catalyz'Her
Féminité
Frédérique Leininger - Slasheuse et entrepreneure slow - Catalyz'Her

Au-delà de la dimension éthique, un autre élément fort de ta marque, c’est la féminité. Pour quelles raisons ?
La féminité, c’est la grande histoire de ma vie. J’avais cette relation avec la féminité qui était spontanée et naturelle. Je vois qu’aujourd’hui, c’est difficile pour certaines femmes de se retrouver dans cette féminité-là. En 2016, j’ai eu ce cancer du sein qui m’a amenée à perdre cette féminité physiquement. Quand j’ai été dépouillée de mon corps féminin, c’est-à-dire sans seins, sans cheveux, 13 kilos en moins,… je me suis dit : « Comment est-ce que je peux être féminine dans ce moment-là ? ». Je suis allée plus loin dans ma démarche émotionnelle et spirituelle de la féminité en me disant : « La féminité, c’est aussi comment tu te sens. ».
Je me suis amusée à partir en chimiothérapie en tutu, et du coup à ramener le sourire au visage des autres patients, des infirmières, des médecins,… Je me suis redécouverte féminine, mais en moi. Aujourd’hui, c’est comme ça que je me sens. Je n’ai pas besoin d’artifice pour sentir que je rayonne. Si je suis bien à l’intérieur, je suis convaincue qu’on le voit. Tout ce travail-là, c’est ce que j’apprends et je partage dans le mouvement « Tutu Therapy ».

Justement, c’est quoi le concept « tutu therapy » ?
C’est un mouvement que j’ai créé, et qui prône tout ce qui est slow life : ralentir, se reconnecter et rayonner, qui est devenu le mantra de la Maison FMK Paris.
Dans ralentir, j’entends le fait de prendre le temps de faire les choses ; dans se reconnecter, toutes les démarches qu’on peut avoir envie de faire pour se connecter avec soi-même et se connecter avec les autres ; et rayonner, c’est aller à la quête de sa féminité profonde et de son potentiel féminin.

Tu parles aussi de féminin sacré. Comment le définirais-tu ?
Le féminin sacré, ça a pris une très grand place dans ma vie.

« Il y a cette vision de la féminité qu’on veut sexualiser. Le féminin sacré, c’est connecter à sa féminité de l’intérieur vers l’extérieur. »

On ne met pas de côté sa sexualité, ses envies ou son apparence physique, mais on est connectée aussi à ce qu’on ce qu’on est capable de donner. Quand on sait donner, on sait recevoir. Dans ma spiritualité et mes actions, est-ce que je suis connectée à la femme que je suis réellement ? J’ai expérimenté des choses par le féminin sacré que j’ai envie de partager dans une sororité saine.

Qu’est-ce que la slow life et la féminité ont apporté dans ta vie ?
La slow life et la féminité, ça m’a sauvé la vie. Quand j’ai été malade, ça a été le début de tout : une re-connexion à moi-même, je me suis écoutée. A ce stade de la maladie, je ne pouvais être qu’enfermée avec moi-même, une expérience que je n’avais jamais vécue auparavant. J’ai été à l’écoute de moi-même et j’ai expérimenté plein de choses : la relaxation, la méditation,… C’est incroyable ce qui s’est passé. On ne pouvait pas penser que je puisse guérir aussi rapidement.

Tu penses que les femmes ont besoin de ralentir et de se reconnecter aujourd’hui ?
Complètement ! D’abord, parce qu’on a un esprit de compétition qui est incroyable. Cet esprit de compétition se transforme de plus en plus en esprit de comparaison. Il faut regarder, observer ce qu’il se passe, mais pas se comparer.
Ensuite, il y a cet exercice entre hommes et femmes, de vouloir montrer qu’on est au même niveau, qu’on est tout aussi capable,… et on s’essouffle. Là aussi, on a besoin de ralentir. On peut être dans le game, mais faire les choses autrement. On pourrait utiliser d’autres choses que les hommes n’ont pas. Une fois encore, je ne parle pas de sexe ! Je pense que les hommes utilisent bien leur potentiel masculin, mais nous, on essaie de se calquer sur ce schéma-là pour réussir, alors qu’on a un autre schéma qui peut nous amener à autant de réussite.

Suite à ta rencontre avec la slow life et le féminin sacré, la Maison FMK Paris a évolué elle aussi ?
La maison FMK Paris, je la présente comme la maison slow de la mode et du bien-être. C’est une marque de tutus qui prône ces 3 valeurs : ralentir, se reconnecter, rayonner. J’accorde au mouvement « tutu thérapie » toute une dimension événementielle de slow life. J’ai la chance de pouvoir faire deux métiers différents, et c’est ce qui me permet de m’épanouir.

On peut dire que tu es une entrepreneure slasheuse finalement ?
Oui, et je suis une slasheuse par volonté. J’ai travaillé en tant que salariée peu de temps dans ma vie, et j’ai détesté l’expérience. Ça ne collait pas à ma personnalité. Je n’arrive pas à rentrer dans un moule.

« Dans le monde salarial, très souvent il faut jouer un personnage. Moi dans mon travail d’entrepreneure, je ne joue pas. Je suis complètement moi. »

Ce qui me motive et qui me rend très heureuse tous les matins, c’est d’avoir ces deux activités avec lesquelles je peux jongler. Ça peut faire peur, mais c’est possible et c’est super à vivre.

Comment se construit l’équilibre dans ta vie de slasheuse ?
Je n’ai aucune journée qui se ressemble. Mes journées sont rythmées entre livraisons de tutus, achat de tulle, programmation d’ateliers, recherche d’intervenants,… Je travaille de chez moi, et c’est un luxe aussi.
Pour moi, le travail c’est quelque chose de vraiment slow. C’est des rendez-vous, des moments précis où je fais telle chose, des moments pour ralentir et passer des moments incroyables avec ma famille. Je sais que j’ai de la chance de vivre des semaines comme ça, mais ces moments-là, je me les suis fabriqués. Je me suis organisée pour avoir ce rythme de vie. C’est pour ça que je parle aussi de slow working.

Est-ce que tu as des difficultés pour t’organiser parfois ?
Quand on a cette liberté-là, l’organisation est de rigueur. Il y a des moments où on lâche l’organisation, et ça se voit tout de suite. Quand on n’est pas discipliné de façon innée, il faut se donner une organisation à suivre. Il me faut un plan, sinon je passerais mes journées à créer des tutus et parler avec des femmes. J’ai la chance que ma passion soit mon travail, donc il faut que je fasse ça sérieusement. Le sérieux passe par l’organisation.

Qu’est-ce que tu as appris ces dernières années à travers tout ce cheminement ?
J’ai appris que le travail n’est pas un jeu. Ça engage des gens, une qualité, un sérieux. J’étais vraiment une enfant bloquée dans le corps d’une adulte. C’est un peu ça le syndrome de Peter Pan des créatifs. Le voile s’est un peu levé, et je pense que je fais mieux mon travail.

« J’ai appris la rigueur, et je trouve que ça rend mon travail d’autant plus beau aujourd’hui, et d’autant plus excitant aussi. »

En se mettant du challenge et des objectifs très précis, on est plus satisfait encore.

Quels conseils aimerais-tu partager avec les femmes qui s’interrogent sur leur vie professionnelle ?
Le conseil que je pourrais donner à une femme qui a envie de changer ou d’entreprendre, c’est de chercher son pourquoi, mais aussi chercher sa capacité de leadership, et sa vision à long terme.
Mon pourquoi, je l’ai trouvé à travers ma vie personnelle, et ça a allumé ma vie professionnelle. Le pourquoi, c’est le matin quand on se lève et qu’on se demande : « Quelle est la vision du métier que je fais aujourd’hui ? ». On ne peut pas se laisser bercer sans but. Ça donne une perte de sens, et donc une perte d’engagement personnel.

« Alors définissez votre pourquoi, et voyez grand ! Faites le point sur vos compétences, et s’il y a des compétences qui manquent, allez-les chercher ! »

Aujourd’hui, on est dans un monde incroyable où on peut aller chercher les compétences en se formant, mais aussi en rencontrant des gens. Formez-vous, développez-vous, et n’ayez pas peur d’avoir une vision haute, longue, et pérenne.

INSPIRATION
« Ralentir, se reconnecter, rayonner », le mantra de FMK Paris
Kris Carr, qui s’est battue pour vaincre son cancer et qui m’a hyper inspirée quand j’étais malade. Je me suis dis : « Si je vis, si je guéris, je veux être cette personne-là ». Elle rayonnait et c’est ça que j’avais envie de faire. Rayonner après l’épreuve. Montrer comment qu’en ralentissant, on rayonne.
Crazy sexy diet de Kris Carr
Respect d’Aretha Franklin, et Level up de Ciara

La Maison FMK Paris en bref :
La Maison FMK Paris est un concept hybride mêlant mode et bien-être. Sa fondatrice Frédérique Leininger propose une collection de tutus réalisés à partir de tulle haute couture upcyclé, mais aussi des ateliers et événements prônant le slow à travers son concept “Tutu Therapy”. Le prochain Slow Weekend se tiendra du 23 au 25 Novembre prochain, un weekend sisterhood de transformation positive organisé en région parisienne.

REMERCIEMENTS
Hôtel Les Deux Girafes, nouvel hôtel design et verdoyant situé au coeur du XIe arrondissement de Paris

Slasheuse
Frédérique Leininger - Slasheuse et entrepreneure slow - Catalyz'Her

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Amandine Teyssier
Amandine Teyssier
amandine-teys@hotmail.fr

Fondatrice Catalyz'Her : inspiration & empowerment pour accompagner les femmes dans leur {Rêv}olution professionnelle.

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