Julie, la mode en mouvement

Julie, la mode en mouvement

Rencontre avec Julie Chopinet, fondatrice du e-shop d’activewear et athleisure Animée Paris. Après plusieurs années galères en startup, Julie vit une véritable transformation grâce au lancement de son activité. Un parcours sur lequel elle a accepté de revenir avec beaucoup de transparence et une énergie communicative.

9 min

Julie Chopinet, la mode en mouvement - Catalyz'Her

Fille d’expatriés, Julie Chopinet a grandi et réalisé sa scolarité entre Kinshasa, Dubaï, et Beyrouth. Se destinant d’abord à une carrière de Journaliste Reporter d’Images, elle s’oriente finalement vers le monde de l’entreprise.
Après avoir vécu plusieurs expériences difficiles en startup, Julie choisit l’entrepreneuriat.
Son idée ? Elle lui est venue lors d’une session de running pour répondre à de l’un de ses besoins : trouver des vêtements adaptés à son mode de vie, elle qui est à la fois sportive et fan de mode.
Da là naît Animée Paris, une boutique en ligne d’activewear et athleisure qui propose une sélection d’articles textiles et d’accessoires sourcés principalement aux Etats-Unis, en Australie, et en Angleterre.
Lancé en mars 2017, l’e-shop Animée Paris marque une véritable métamorphose pour Julie qui rayonne aujourd’hui grâce à la nouvelle vie professionnelle qu’elle se construit pas à pas.

Julie, tu peux nous parler de ta vie pro avant la création d’Animée Paris ?
Après une expérience en agence de communication puis dans un bureau de tendances, j’ai connu plusieurs expériences en start-up en tant que commerciale. Ma dernière expérience a duré 9 mois. J’étais commerciale sédentaire. C’était infernal. J’étais toute la journée dans un bureau au téléphone, et pour être très claire, je passais ma journée à arnaquer des petits vieux.
Tous les soirs, j’avais de vrais problèmes de conscience. Je rentrais et j’étais épuisée de ne rien faire. Je ne prenais plus le temps de lire, je devenais exécrable avec mon copain, je n’avais plus le goût de rien faire, j’avais même arrêté le running.
Là je me suis dit : « Tu en es au stade où tu arrives tous les matins et tu as la boule au ventre, tu pleures,… pour être payée au SMIC ! ».

« C’était pas possible. J’avais perdu confiance en moi, j’avais l’impression de ne servir à rien. »

J’ai été mise en arrêt maladie parce que j’étais proche du burn-out. Je voyais tous mes potes autour de moi qui continuaient d’avancer, qui avaient des promotions,… Parmi les trucs à ne pas faire, c’est surtout d’éviter de se comparer aux autres dans ces moments-là.

Quelle a été l’issue ?
J’ai fait un abandon de poste, et on m’a licenciée au bout de 2 mois. Je me suis retrouvée au chômage et je me suis dit que j’allais prendre le temps de me recentrer sur moi-même, et prendre le temps pour construire quelque chose. Amazon a été mon meilleur ami. Je me suis commandé des tonnes de bouquins, notamment de développement personnel. Ça m’a donné un coup de boost. Je me suis revue ado où j’étais pleine d’ambition, je voulais faire plein de choses, et je me suis dit : « T‘étais une bosseuse, t’as toujours été ambitieuse,… Tu peux encore faire plein de choses. C’est pas parce que t’as tes boss qui t’ont complètement pressé le citron que ta vie professionnelle s’arrête là. ».
Je me suis remise à courir, moi qui ait toujours adoré ça, et aussi à manger sainement. J’ai perdu pas mal de poids en quelques mois. Je me suis sentie mieux dans ma peau, mes relations avec mes potes se sont aussi apaisées.

Comment a germé l’idée d’Animée Paris ?
Professionnellement parlant, je me suis dit : « Tu as toujours galéré à trouver des fringues de sport sympas, pourquoi tu ne créerais pas ta marque ? ».
Ça a été mon premier projet, mais en n’ayant jamais bossé dans la mode et en n’ayant pas du tout de contacts dans ce milieu. J’ai commencé à faire des salons, à contacter des fournisseurs au Portugal, à bidouiller des dessins. Je n’étais pas prise au sérieux, et surtout, je me suis rendue compte que ça allait coûter cher.
En parallèle de ça, je faisais pas mal de benchmark. J’ai réalisé que ça faisait 5 ou 6 ans qu’en Australie et aux Etats-Unis, il y avait des centaines de marques d’activewear qui s’étaient créées, toutes plus canons les unes que les autres.

« Au culot, j’ai contacté ces marques sur Instagram en leur disant que j’étais en train de monter un gros truc. Je l’ai joué comme si j’étais déjà une grande ce qui m’a peut-être permis d’avoir des réponses sympas de la plupart des marques. »

J’ai commencé par créer un blog sur Squarespace, un outil formidable et que je recommande à toutes les nanas qui veulent monter leur site internet. Pendant 6 mois, j’attendais que tout soit parfait, j’attendais d’avoir assez d’argent pour acheter les stocks,… Un jour mon copain m’a dit : « Julie, ça ne sera jamais parfait. À un moment, il faut que tu te lances, même si tu n’as que 3 marques à vendre ».
Le site a été lancé en mars 2017 avec 4 marques. Aujourd’hui, j’ai 16 marques sur le site, et il y en a d’autres qui arrivent.

Débuts
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Entrepreneuriat
Julie Chopinet, la mode en mouvement - Catalyz'Her

Comment a réagi ton entourage lorsque tu as voulu te lancer ?
Mes parents, ça a été difficile parce qu’ils avaient très peur. C’était à un stade où j’avais un peu des soucis d’argent. Ils ne comprenaient pas et me disaient que c’était trop risqué, qu’il fallait que je retrouve un CDI.
Et j’ai des potes qui me disaient : « Mais Julie, le marché il n’est pas là. Ce qu’il se passe en Australie, à Los Angeles,… ça n’arrivera jamais en France. Paris c’est la capitale de la mode, pourquoi tu veux que les nanas un jour elles sortent en legging et baskets ? ». Je leur ai dit : « Mais attendez, ça va venir ! Un jour, ça viendra ! ».

« Je pense que la clé, c’est vraiment de parler de son idée à tout le monde. Je sais qu’au début on se dit qu’on va nous piquer l’idée, mais je pense que plus on a d’avis, plus on arrive à prendre du recul, et plus on a d’idées. »

Des gens que je ne connaissais pas ont accueilli le concept de façon très positive. La plupart de mes potes aussi, sachant que j’en avais tellement bavé dans mes précédents jobs,… je n’avais rien à perdre, si ce n’est un peu d’argent si je n’arrivais pas à vendre mes stocks.

Est-ce que tu avais déjà envisagé de devenir entrepreneure avant Animée Paris ?
Quand je bossais en start-up, je me revois dire à mes boss que j’étais admirative parce que moi, jamais je n’arriverais à créer ma boite.
Le déclic, ça a été quand j’ai fait ma démarche pour le statut de micro-entrepreneur. Là je me suis dit : « Tu as choisi de ne plus être salariée, de bosser chez toi, à tes horaires. ».
Au début, je ne me sentais pas du tout légitime, mais au fur et à mesure, j’ai acquis les compétences, que ce soit dans le domaine de la mode, les matières, les textiles,… j’ai appris sur le tas.
Au final, je me suis sentie une âme d’entrepreneure peut-être 7 ou 8 mois après avoir lancé Animée. Je lis beaucoup, que ce soit Forbes magazine, Entrepreneur, un super magazine australien qui s’appelle Collective Hub, des contenus hyper inspirants qui te donnent plein de bons conseils, qui te reboostent quand tu as des petits coups de mou. Lire, c’est un peu la pierre angulaire de l’entrepreneur aujourd’hui. Je pense que tu as besoin de t’intéresser à tous les domaines, d’être curieux de tout.
Aujourd’hui, j’arrive à dire que je suis entrepreneure, et fière de l’être.

Quels sont les bénéfices de l’entrepreneuriat par rapport au salariat selon toi ?
Parmi les bénéfices, c’est de ne pas avoir de bruit et pouvoir bosser dans le calme ! Pour moi les open space ne sont absolument pas propices au travail. Je bosse très bien toute seule, chez moi ou dans un café. Au début, c’est pas évident de trouver son rythme quand tu commences à bosser chez toi : tu lances une machine, tu bosses 1h tes mails, tu vas étendre ta machine, tu reçois un coup de fil, tu es sur Instagram,… Je crois que le rythme se crée au fur et à mesure.
Sinon, j’ai arrêté de fumer aussi. Quand tu es dans un bureau, les pauses clopes c’est un peu la soupape de décompression. Ça se voit maintenant quand je cours, ça va beaucoup mieux qu’il y a 2 ans !

Et les difficultés de ta vie d’entrepreneure ?
Au début, je culpabilisais de m’amuser dans ce que je faisais. C’est lié au côté perfectionniste : quand tu bosses 6-7h par jour et qu’à la fin de la journée, tu ne te sens pas fatiguée parce que tu aimes tellement ce que tu fais, tu te demandes si tu as assez donné.
Parfois ce qui me manque un peu, c’est d’avoir des collègues pour debriefer la journée. Quand j’ai besoin de voir du monde, je vais dans un café, et j’arrive toujours à discuter avec quelqu’un.
Après, quand tu montes ta boite, c’est les montagnes russes. Il suffit qu’il y ait quelques jours où tu n’as pas de commandes et tu as l’impression de travailler pour rien. En général, je vais courir avec la musique à fond, je fais un dîner avec des amis ou de la famille, ou je lis un bon bouquin.

Je crois énormément dans la lecture d’histoires avec des retours d’expérience qui te permettent de te dire que c’est possible. Si d’autres l’ont fait, je ne vois pas pourquoi moi je ne pourrais pas le faire.

J’ai tellement l’impression d’avoir galéré pendant des années, à faire pas mal de sacrifices,… je me dis que ça va finir par payer un jour ou l’autre. Il n’y a pas de raison.

On voit éclore de plus en plus de projets proches de ton univers. Comment est-ce que tu perçois la concurrence ?
Ça me faisait très peur au début, mais là je suis à un stade où je me dit que c’est cool. Ça veut dire que le marché est en train de mûrir en France.
Le monde du travail change, il y a de plus en plus d’indépendants, d’espaces de co-working,… et tu es quand même mieux pour travailler dans un legging que dans un jean. Ça s’imbrique sur nos façons de vivre et de travailler. Il y a un an, j’avais toujours le doute en me disant que c’était une tendance qui allait finir par se faner. Aujourd’hui, je me dis que
c’est fait pour rester, et donc que c’est très cool qu’on soit de plus en plus d’acteurs sur ce marché-là. Il y a un mouvement qui se crée.

C’est quoi ta vision de la réussite ?
La réussite, je ne la mesure pas à mon compte en banque. Ça peut paraître bizarre pour un e-shop, mais mon besoin premier, ça n’est pas de faire de l’argent. Ma réussite, je la mesure quand j’ai des super retours de clientes, et des clientes qui repassent commande.
La réussite, c’est quand tu rentres de ta journée et que tu es épanouie, que tu sens que tout s’aligne.
Et je suis très fière d’avoir réussi à créer mon propre job. Il y a un peu de catharsis derrière.

« J’en ai tellement chié pendant des années. Je sentais que c’est un projet que je devais faire seule. C’est mon bébé, et j’essaie vraiment qu’Animée, ce soit moi derrière. »

Un an après, j’arrive enfin à me dire que je suis fière de là où j’en suis. Ça a contribué au fait qu’aujourd’hui, je me sens bien dans ma peau. Et je fais de jolies rencontres aussi. Je pense que tu attires ta chance. Quand tu es dans une démarche où tu es passionnée et que tu as envie d’aller au bout, il y a beaucoup de rencontres spontanées et très saines qui se font.

Un message que tu aimerais partager avec les femmes qui envisagent l’entrepreneuriat ?
J’entends beaucoup de personnes qui disent qu’elles veulent monter leur boîte. Monter une boite pour monter une boite, je ne vois pas l’intérêt. Il ne faut pas chercher l’idée. Pour moi l’idée s’impose d’elle-même.
Sinon, le message, c’est lancez-vous. N’attendez pas d’avoir de l’argent pour le faire. C’est ce qui m’a bloquée au début, mais au final il y a tellement de solutions. Quand j’ai commencé, j’étais au SMIC juste avant, et je n’avais pas d’argent de côté. Au début, tu peux très bien te lancer avec de petits moyens.

« Même s’il n’y a pas de parachute derrière, le pire que vous puissiez perdre, c’est un peu d’argent, surtout pas votre crédibilité parce qu’au moins, vous aurez essayé. »

Pour moi, je ne sais toujours pas si ça va marcher. Peut-être que je vais fermer dans 6 mois ou 1 an, me rendre compte que mon idée n’était pas si bonne que ça,…
Après, si tu as un CDI, ne lâche peut-être pas tout comme ça ! Prends quelques mois pour bosser sur ton projet le soir. Mais il faut essayer. Ça ne peut qu’élever. J’ai plus appris en 2 ans que dans toutes mes études et mes autres expériences professionnelles.

INSPIRATION
L’entreprise du bonheur de Tony Hsieh, le fondateur de Zappos
Advienne que pourra !
Mon papa qui a eu un très beau parcours. C’est un peu mon modèle. Sinon, Emily Weiss, la fondatrice de Glossier.
Downtown Jenny
découvert sur Radio Nova il y a quelques années. Un son qui me donne la patate !

Epanouissement
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Amandine Teyssier
Amandine Teyssier
amandine-teys@hotmail.fr

Fondatrice Catalyz'Her : inspiration & empowerment pour accompagner les femmes dans leur {Rêv}olution professionnelle.

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