Marie, renouer avec sa passion pour la cosmétique grâce à l’entrepreneuriat

Marie, renouer avec sa passion pour la cosmétique grâce à l’entrepreneuriat

Rencontre avec Marie, 44 ans, fondatrice de Secrets Cosmétiques. Après de belles années passées en tant qu’ingénieure développement au sein du groupe L’Oréal, Marie finit par ne plus se reconnaitre dans son métier.
Elle décide de tout quitter pour se former, expérimenter,… jusqu’à créer sa propre société en 2010, et vivre de sa passion pour la cosmétique naturelle. Retour sur l’histoire de Marie, devenue « mampreneure » libre et épanouie.

12 min

Marie Watrelot - Interview Switcheuse et Entrepreneure - Catalyz'Her
Passion

Marie, tu fais partie des personnes qui ont eu la chance de découvrir très tôt leur passion. Tu peux nous en dire plus ?
Déjà toute petite j’aimais faire des mélanges, j’appelais ça « touiller » ! Je me souviens de ma mère qui mettait des produits cosmétiques : de l’huile sur ses cheveux, des masques anti-rides qu’elle réalisait avec de la pimprenelle avec du yaourt. Ca correspondait à une certaine idée de la féminité et pour moi, c’était une évidence de faire des produits cosmétiques. J’ai choisi la voie d’une math sup’ bio, puis j’ai continué à faire les choses que j’aimais: de la bio-chimie, un DU de pharmacien industriel, puis un DESS de cosmétologie à Paris. J’y ai notamment fait du marketing et de la communication, mais moi j’étais branchée par la mise au point des produits. C’était déjà ce qui m’enthousiasmait à l’époque.

Et tu as fini par intégrer le Groupe L’Oréal !
J’ai été embauchée chez L’Oréal pour la marque Laroche-Posay. A l’époque, le laboratoire était encore dans la ville de Laroche-Posay, et ça a été ma chance. C’était loin de Paris et personne ne voulait y aller ! J’aimais bien la marque, et le fait qu’on fasse des produits utiles aux personnes. Et le poste était super intéressant : j’étais en lien avec les labos de Paris qui faisaient la recherche appliquée, et à Laroche-Posay, j’étais à la tête d’une équipe de 4 techniciennes pour mettre au point les produits.
Je touchais à plein de choses, j’étais vraiment responsable des projets du début à la fin,… J’avais l’impression d’être au poste que je pensais avoir 10 ans après !
Ça a duré quelques chouettes années. J’ai vraiment aimé tout ce que j’ai pu y apprendre, toute la structure que ça m’a donné sur le développement et la stabilité des produits, l’ouverture à l’international,… Je bossais beaucoup parce que j’étais passionnée.

Malgré la passion, un certain désalignement commence à apparaitre.
Laroche-Posay, c’est aussi un village de cure. J’y ai rencontré des personnes qui utilisaient nos produits. Un jour, une curiste m’a dit : « Je ne comprends pas, vous utilisez de l’huile d’amande douce dans vos produits alors que c’est hyper-allergisant ». J’avoue qu’à l’époque, je ne m’étais jamais posé la question. Et puis les toxicologues nous disaient que bientôt, on ne pourrait plus utiliser de parabens. Il commençait à y avoir plein d’informations sur lesquelles je n’avais pas la main, et pas le temps de me pencher et d’aller au fond des choses. Ça devenait frustrant.

Comment les choses ont-elles évolué ?
Il y a eu la période où il a fallu quitter Laroche-Posay et remonter toute l’activité du laboratoire à Paris. Ça a été une période difficile humainement. D’un coup, je me suis retrouvée intégrée à un grand groupe, avec 300 personnes sur site. Je me sentais différente. J’arrivais en jean au labo, alors que toutes les ingénieures étaient en petite jupe de tailleur ! Et puis les produits me semblaient moins utiles. Ma conscience écologique se développait, et on utilisait des produits qui venaient de loin…

« Mon poste perdait de l’intérêt et il perdait son sens. Je bossais comme une dingue et je ne trouvais plus de plaisir. J’avais le sentiment de travailler pour un salaire et non plus pour l’utilisateur ».

Je me sentais prise entre le marteau et l’enclume, plus du tout à ma place. Ça a créé une douleur physique. Je suis migraineuse, et à ce moment-là, je faisais énormément de migraines et un stress important. J’étais mal par rapport à mes valeurs, et comme je suis quelqu’un d’entier, c’était devenu une vrai souffrance de continuer comme ça.

Quelle a été la porte de sortie pour toi à ce moment-là ?
A Laroche-Posay, j’avais rencontré une personne qui faisait du massage et de la naturopathie, et j’avais trouvé ça génial ! Je m’étais dit : « Cette femme apporte vraiment quelque chose aux personnes qui viennent la voir ! ». Ça avait du sens. Alors j’ai commencé à me former au massage, à la naturopathie, à la phytothérapie,… c’était comme une impulsion intérieure. Toutes les choses qui m’intéressaient, j’avais envie de les apprendre et de les partager. Et en me formant, je me suis sentie vraiment bien, alignée et à ma place.
Dans le labo parisien, je me sentais décalée, et aucun des postes que je voyais ne me plaisait. En me formant au massage, à la naturo,… c’était devenu évident pour moi : il fallait que je parte. J’avais cette idée de m’installer comme naturopathe et masseuse, mais en ayant fait aucun bilan de compétences ni étude de marché. C’était de l’intuition. J’avais envie de le faire parce que ça m’intéressait.
L’Oréal ne faisait pas de rupture conventionnelle alors j’ai fait en sorte d’être licenciée. Cela a pris un an. J’ai profité de l’année suivante pour me remettre, pour me former, et puis je suis tombée enceinte !

Comment tes projets ont-ils évolué alors ?
Devenir maman est devenu pour moi un travail à plein temps. Je ne voulais pas payer une autre femme pour qu’elle s’occupe de ma fille à ma place. J’ai continué à me former, mais sans pratiquer. Avec mon mari, on avait le projet de s’installer en Guyane pour monter une maison d’hôtes qui soit un véritable lieu de ressourcement, avec des massages, de la naturopathie,… mais on s’est séparés, et le projet est tombé à l’eau !
Puis sur un salon, j’ai rencontré Aroma-Zone, et j’ai vu plein de femmes intéressées par le fait d’apprendre à faire leurs cosmétiques « maison ». J’ai réalisé que je pouvais leur expliquer comment faire des produits sains, bons pour la santé, sans toutes les matières décriées, et que ça m’éclaterai de faire ça ! Cela signait mon retour dans le monde de la cosmétique.

Déclic
Marie Watrelot - Interview Switcheuse et Entrepreneure - Catalyz'Her
Entrepreneuriat

C’est là qu’est née l’idée de Secrets Cosmétiques !

C’est comme ça que j’ai lancé mon activité, parce que je donnais mes petits secrets ! Ça a été une étincelle. C’est comme si quelque chose me guidait. Une fois de plus, j’y suis allée sans étude de marché. J’ai fait ce qui me plaisait. J’avais envie de bloguer, de partager des recettes, et d’organiser des ateliers pour apprendre aux femmes à faire leurs propres cosmétiques. Je voulais proposer des choses simples, un peu à la mode Laroche-Posay où on faisait des formules avec peu d’ingrédients dans un esprit de cosmétique efficace, et pas du blabla marketing.

Par ailleurs, ma fille est allergique aux fruits à coque, et je ne trouvais pas de produits qui me conviennent sur le marché, tous les moussants étant fabriqués à partir d’huile de palme ou de coco. Je lui ai alors fabriqué un savon pur olive, et la « savonite » m’a prise !
Et comme, les visiteurs du blog me demandaient de plus en plus des produits finis, j’ai aussi lancé une boutique en ligne où je vends mes propres savons et d’autres produits scrupuleusement sélectionnés.

Comment as-tu géré ce grand saut dans l’entreprenariat ?

J’avais envie d’être libre, bosser comme je voulais, quand je voulais, et ça correspondait bien au principe de l’atelier cosmétique. J’avais juste zappé qu’il y avait tout ce que tu ne connais pas quand tu lances une boite : le commercial, la communication et le marketing ! J’ai dû apprendre les rudiments de tout ça. En fait, dans cette boite, à part la technique, je ne savais rien faire. Petit à petit, je me suis dit : « Ça, je ne sais pas faire, il faut que je l’apprenne ». Et comme ça j’ai appris plein de choses. J’ai appris à utiliser WordPress, j’ai commencé à faire mes photos moi-même, j’ai appris à bloguer,… j’ai essayé plein de trucs qui n’ont pas marché, j’ai changé des choses,…

J’aurai pu trouver des personnes avec ces compétences complémentaires, mais j’étais maman solo, avec une enfant déscolarisée, donc peu de temps et de rentrées d’argent… je ne voulais pas emprunter à une banque parce que j’aurais dû faire le fameux business plan à 3 ans,… Les gens que j’ai rencontrés qui ont fait des plans à 3 ans, ça ne correspond jamais à ce qu’ils ont fait, alors pourquoi perdre son temps ?

« En revanche, même 6 ans après la création de Secrets Cosmétiques, il m’arrive encore de devoir faire face au syndrome de l’imposteur. Qui suis-je moi pour fabriquer des cosmétiques ? Qui suis-je moi pour donner des conseils ? Je ne l’ai toujours pas complètement dépassé ».

Quand je donne une formation à des personnes pour devenir savonnier, à chaque fois je me demande si je leur apporte assez. L’intuition intérieure me donne un élan qui me porte à le faire, et je le fais parce que c’est viscéral. Mes clients sont contents et leurs retours sont positifs, mais malgré tout j’y pense souvent.

Secrets cosmétiques a fêté ses 6 années d’existence, avec un peu de recul, quel regard portes-tu sur ta vie d’entrepreneure et ses apprentissages ?
Quand tu as ta boite, c’est une vraie thérapie. Il y a des moments où c’est l’euphorie, tu as envie de faire plein de trucs, tu as une pêche d’enfer, tu rencontres du monde,… et puis il y a des moments où tu te dis : « Mais pourquoi j’ai choisi cette vie de galère ?! » Il y a toujours ces moments de doutes, mais il faut juste apprendre à composer avec et se dire que ça va passer.

En étant à mon compte, j’ai aussi à composer avec la culpabilité. J’ai la liberté d’organiser mes journées comme je veux. Je ne suis pas du matin, je commence à être vraiment efficace vers 15h. Avant, j’ai besoin de prendre le temps de vivre tout simplement. Ensuite, les choses se font. J’ai besoin d’accepter que c’est mon propre rythme. En fait, je suis parfois mon pire patron !

Tu vois là où ça coince pour toi. Tu vois tes peurs, et comment tu te parles intérieurement. Par exemple, obtenir l’agrément formateur, ça me semblait être une montagne. Il m’a fallu 1 an pour me dire : « Ne regarde pas la montagne, fais le premier petit pas ». Et finalement, j’ai fait plein de petits pas, et j’ai obtenu mon numéro de formateur.
Je me suis aussi rendue compte que lorsque je fais des choses qui me plaisent, même si elles ne sont pas sur ma to-do list, en fait tout se débloque parce qu’intérieurement, je me sens bien. Et ensuite, j’arrive à faire les choses qui vont moins me plaire.
Dans ma famille, j’ai appris que si tu n’as pas fait les trucs besogneux, tu ne peux pas te faire plaisir. Sauf que moi, les trucs besogneux je n’ai pas du tout envie de les faire ! En fin de compte, je peux les faire si je me suis déjà amusée. C’est ça que je trouve de thérapeutique dans l’entreprenariat. Se dire : « Moi je ne fonctionne pas comme ça, et j’ai le droit de fonctionner différemment ». C’est plein d’autorisations à se donner.

Quelles sont les valeurs sur lesquelles se fonde ton activité ?

« Ma première valeur, c’est la liberté. D’abord ma liberté. J’ai la liberté de travailler quand je veux, de bouger partout dans le monde, d’élever ma fille comme je l’imagine, et ça c’est inestimable ».

Et puis c’est la liberté que je propose aux autres. Je me souviens de me balader dans les rayons ménagers il y a environ 10 ans, et je ne trouvais pas ce qui me plaisait au niveau des lessives. A cette époque, il ne me venait même pas à l’idée que je pourrais faire mon produit ménager alors que j’avais la culture du « faire soi-même » depuis l’enfance. J’ai réalisé quelques années plus tard à quel point on était sur des rails, à quel point on pouvait manquer de liberté, d’imagination et de créativité. Je me suis dit que je pouvais apprendre aux autres à faire eux-mêmes leurs cosmétiques, et ainsi gagner en liberté et en autonomie. L’autonomie fait aussi partie de mes valeurs. Savoir faire les choses soi-même, et partager, transmettre cette liberté et cette autonomie.

Il y a évidemment le côté santé naturelle. Je ne pourrai pas faire des produits chimiques. Le côté global est aussi important. Nous sommes un tout. C’est pour ça qu’au sein de mes ateliers, je parle cosmétique mais aussi sommeil, alimentation,… la dimension naturopathie s’y inscrit pleinement.

Liberté
Marie Watrelot - Interview Switcheuse et Entrepreneure - Catalyz'Her
Confiance
Marie Watrelot - Interview Switcheuse et Entrepreneure - Catalyz'Her

Tu jouis désormais d’une grande liberté. Qu’est-ce qui guide tes choix ?

L’impulsion qui me dit : « Tiens, j’ai envie de faire tel truc ! ». C’est vraiment la voie de l’intuition. Je fais les choses quand j’en ai envie, je ne le fais pas dans les règles de l’art, mais ça se passe bien. Déjà, l’expérience peut être super intéressante, et elle peut apporter des connexions.

La peur est quand même là, mais c’est pas grave. Je trouve que j’ai fait beaucoup de choses que je trouvais inconfortables au départ. Je me souviens des moments de stress… c’est assez drôle de voir que ça ne m’empêche pas de continuer. A chaque fois, c’est comme si je ne voyais pas quoi faire d’autre. C’est une évidence que pour l’instant, c’est ça que je dois faire et de cette façon-là. Et forcément, il y a plein de choses qui s’ajustent. Ce que je fais, c’est déjà bien et ça m’amuse, donc c’est chouette !

Quels conseils aimerais-tu partager avec toute personne qui ne s’épanouit plus dans son travail et qui aimerait trouver une autre voie ?

D’abord, prendre du repos. A partir du moment où vous voyez que ça ne va pas, allez dans un autre cadre pour vous reposer et vous aérer la tête. C’est la première chose à faire pour pouvoir ressentir au fond de vous ce qui peut vous faire vibrer et ce qui vous amuse.

« Je pense qu’il y a beaucoup de personnes qui sont allées dans une voie qui ne correspond pas à leur joie intérieure. Retrouvez le truc qui met des étoiles dans vos yeux, qui vous met en joie. Et si vous entendez la petite voix qui dit : « Ah mais non ! Quand même ! Tu ne vas pas faire ça, ça n’a pas de sens ! »… et bien c’est là qu’il faut creuser ».

Ce que je retire de mon expérience, c’est que ce qui me fait vibrer fonctionne.

Quand tu fais quelque chose que tu aimes, tu te sens bien, tu vibres différemment, tu rencontres des personnes qui vont être intéressées par ce que tu fais… tu sors du marasme dans lequel tu étais dans un job qui te plaisait moyennement.
Si tu es amené à lancer ta boite, tu dois composer avec plein de choses qui ne te feront pas vibrer, alors ton activité doit porter sur quelque chose que tu incarnes.

« Quand tu incarnes les choses, ça se sent, ça se sait, et ça se vend. Et puis toi, tu t’éclates ! ».

Et comment fait-on pour dépasser ses peurs ?

Pour moi, la peur n’évite pas le danger. On a peur parce qu’il y a des choses qu’on ne maitrise pas, on ne sait pas comment ça va se passer… mais en faisant, on se rend compte que ça n’est pas si compliqué. On a plus mal de ce qu’on imagine, que de ce qui se passe.

C’est hallucinant de se sentir mal, anesthésié, jusqu’à avoir des douleurs dans son corps parce qu’on se retrouve coincé sur des rails qu’on a tracés pour nous : il faut avoir un CDI, il faut bosser dans une grosse boite, il faut bosser comme-ci ou comme-ça,… Il y a tellement de façons de faire différentes qu’on n’imagine pas parce qu’on n’a même pas le temps de se poser les questions ! Quand tu bosses, ton temps de cerveau est utilisé à ça. Moi, j’aime bien avoir du temps de cerveau utile pour moi, pour la planète, et pour améliorer les choses.
Il vaut mieux avoir peur et se sentir vivant. Et aujourd’hui, je me sens forte. C’est quelque chose de nouveau pour moi, de me sentir forte, et d’être fière de mes valeurs. C’est un bel enseignement !

Secrets Cosmétiques en bref :
Secrets Cosmétiques propose une sélection de produits naturels via une boutique en ligne (savons, huiles,…) ainsi que des ateliers et des formations pour apprendre à faire ses propres cosmétiques ou devenir savonnier·ère professionnel·le.

 

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Amandine Teyssier
Amandine Teyssier
amandine-teys@hotmail.fr

Fondatrice Catalyz'Her En créant Catalyz’Her, Amandine fait se rencontrer ses influences, ce qui l’inspire, et son désir d’accompagner les femmes dans leur {Rêv}olution professionnelle.

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