Alix, de la finance à la photographie de mode

Alix de Beer, de la finance à la photographie de mode

Rencontre avec Alix de Beer, ancienne contrôleuse de gestion qui a tout plaqué il y a 5 ans pour se consacrer à la photographie. Aujourd’hui photographe street style aux 64 000 abonnés sur Instagram, Alix a photographié les plus grandes influenceuses et collabore régulièrement avec des marques. Alix revient sur son état d’esprit pour aborder ce switch radical, les difficultés pour se faire une place dans l’univers très masculin de la photo de mode, et les rencontres déterminantes qui lui ont permis de vivre de sa passion.

8 min

Alix de Beer - De la finance à la photographie de mode - Catalyz'Her

Alix, est-ce que tu avais une idée de ce que tu voulais faire dans la vie quand tu étais petite ?
Je ne savais pas trop ce que je voulais faire, donc j’ai pris des voies très générales : j’ai fait une Terminale S, puis une prépa Ecole de Commerce. C’est marrant mais quand j’étais en prépa, le but c’était les concours mais pas l’école parce que ça ne me parlait pas du tout ! J’ai intégré SKEMA à Sophia Antipolis. En dernière année, je me suis spécialisée en finance d’entreprise sans trop de conviction.

Et tu as donc démarré ta carrière dans la finance ?
J’ai démarré comme contrôleuse de gestion. J’ai eu de la chance parce que j’ai eu un manager qui m’a vraiment tirée vers le haut. A un moment, je me suis plu dans le contrôle de gestion et j’espérais même devenir DAF. Mais au bout de 2 ou 3 ans, j’ai commencé à ressentir la routine. Mon manager a été promu et je me suis retrouvée seule sur deux postes. Je n’y arrivais pas. Au départ, j’avais bien aimé l’entreprise parce qu’en quittant l’école, tu découvres un nouveau milieu, tu gagnes ton propre argent,… mais au bout d’un moment, j’ai eu du mal avec le monde de l’entreprise : les trucs politiques, le fait de faire semblant de travailler et sortir à 20h alors qu’à 18h tu avais fini.

Ça a été quoi ton déclic pour partir ?
Je crois que j’ai fait une sorte de bore-out. Quand j’étais sur les deux postes, je me suis retrouvée dans une grande solitude. Du coup, je ne faisais rien. Je m’embêtais trop, j’étais sur des blogs toute la journée. C’est un moment où j’ai fait beaucoup de photo. Dans mon temps libre, j’étais tout le temps avec mon appareil photo, que ce soit en soirée, ou pour aller photographier des gens dans la rue. La photo, c’est arrivé dans ma vie vers 15 ans. C’est mon grand-père qui m’avait donné son appareil photo argentique, un vieux Canon. De là est né un amour pour les images et la photo.
Rien n’était calculé, mais ça coulait de source que ça allait être la photo.
J’ai fait une rupture conventionnelle avec mon entreprise. J’ai eu beaucoup de chance parce que ça m’a permis d’avoir le chômage pendant 2 ans. Sans ça, je n’aurais pas pu le faire.

Comment a réagi ton entourage lorsque tu as annoncé que tu lâchais ton CDI pour te lancer dans la photo ?
Ça a été très violent. Je pense que je n’étais pas prête. C’était scindé en deux dans mon groupe d’amis, avec un groupe qui ne me soutenait pas du tout. Je pense qu’ils avaient peur pour moi, mais sur le moment, c’est difficile à accepter cette peur de l’inconnu qu’ont les autres, parce que c’est le moment où tu as besoin d’un max de confiance. J’ai arrêté de les voir parce que j’avais besoin d’avancer. Et en même temps, c’est ça qui te booste aussi, quand les gens te disent que tu ne vas pas y arriver, que ton projet ne tient pas la route, et qu’il va vite falloir que tu retrouves un boulot.

« C’est hyper stimulant parce que tu as envie de leur prouver que tu vas y arriver, et qu’il n’y a pas de plan B mais juste un plan A. »

C’était quoi ta vision de ton projet lorsque tu as quitté ton job ?
J’adorerais dire que tout était calculé, que j’avais une vision, je l’ai toujours eue, l’influence je l’ai sentie. Non en fait, rien n’était calculé. J’étais tellement dans une démarche de positivisme… je savais que mon projet allait se dessiner au fur et à mesure. Je ne m’inquiétais pas, je laissais faire les choses, et tout est arrivé hyper naturellement parce que j’avais confiance, et je me le répétais.

C’est le pouvoir de la pensée qui m’a aidée. Avant, j’étais hyper angoissée, j’étais tout le temps dans le calcul. A partir du moment où je me suis dit : « Alix, on lâche tout en fait ».

« C’est quand tu te lâches que les choses arrivent naturellement, et que tu vois qu’en fait il n’y a pas de raison d’avoir peur. C’est un peu incertain, mais je ne suis pas angoissée par ça. »

Parfois, je me fais des coups de pression, mais j’ai beaucoup moins d’appréhensions. Je profite, et je me dis, si j’ai pas de contrat à un moment donné, c’est pas grave. Je trouverai un boulot un peu plus classique dans une agence RP par exemple. Du coup, je vis beaucoup au jour le jour, dans le moment présent.

Est-ce que tu as suivi des formations particulières avant de te lancer ?
Non, j’ai appris sur le tas. J’étais déjà à BAC+5 et 20 000€ d’emprunt. A un moment donné, il faut y aller. Ca sert à rien de tout vouloir contrôler. C’était un truc que je sentais. Et c’est génial parce qu’aujourd’hui, on est dans une société où tu peux te former via YouTube, tu peux trouver plein de tutos, et j’en ai profité.

Et concrètement, comment est-ce que tu en es venue à la photographie de mode et l’influence ?
Au début, j’avais lancé un blog pour montrer les endroits et les soirées où il fallait aller. Je lisais tous les jours Sortir À Paris et d’autres webzines. Un jour, ils parlaient de la Fashion Week et d’un défilé à Opéra. Je suis arrivée pour la sortie du défilé Balmain. Il y avait une foule immense, c’était la cohue et en même temps, c’était vachement prenant. J’ai rencontré une australienne qui faisait des photos pour son blog et un magazine australien. Elle m’a prise sous son aile et je l’ai suivie à la sortie des défilés. C’est là où j’ai commencé à faire du street style et où la photographie de mode est arrivée naturellement. Cette rencontre a été assez déterminante, sinon je ne pense pas que je serai restée dans cette cohue, je n’aurais pas eu autant d’enthousiasme.

Comment est-ce que tu as fait pour percer dans le milieu ?
Je suis arrivée au bon moment, au bon endroit, et j’ai rencontré les bonnes personnes. J’ai commencé à faire les sorties de défilés. C’était vraiment pour apprendre à maîtriser mon appareil et en même temps pour me faire connaitre. C’était les débuts d’Instagram, et ça fonctionnait par Regram. Le photographe postait la photo, et la mannequin ou la blogueuse regramait. Rapidement, j’ai eu entre 5 000 et 10 000 followers.

Une fois que je maîtrisais bien mon appareil et que j’avais une petite communauté de followers, j’ai contacté Kenza, la blogueuse parisienne très en vue, pour lui demander si ça lui disait un shooting avec moi. Je l’ai contactée en juin et elle m’a répondu : « Avec plaisir, rendez-vous en septembre ». Tout l’été je pensais à cette rencontre avec Kenza. Je savais que ça allait être un déclic. J’en attendais beaucoup parce que je sentais ce qui pouvait se passer après ce shooting. Donc tout a commencé avec Kenza, et on a tout de suite accroché. Kenza avait déjà une vraie aura, tout le monde la prenait comme exemple. Du coup, les gens voulaient shooter avec moi parce que j’avais shooté Kenza. J’ai photographié beaucoup de blogueuses et d’influenceuses, et les marques ont commencé à me contacter aussi.

Confiance
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Authenticité
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C’est comment d’être une femme dans le milieu de la photographie de mode ?
C’est dur et à la fois, j’ai d’énormes avantages. Aujourd’hui, le milieu de la blogosphère mode, c’est beaucoup de femmes. J’ai de la chance parce que je suis copine avec les filles que je shoote. Les RP aussi, ce sont beaucoup des femmes. Les relations, ça se créé hyper facilement. Je suis une meuf à filles ! Le lien est beaucoup plus naturel, donc ça m’aide dans ce sens-là.

Mais sinon, c’est un univers assez masculin et macho. Quand j’ai commencé les Fashion Weeks et la photographie street style, il n’y avait que des mecs, et sans trop de respect pour les femmes. Certains me disaient : « Alix, je ne connais aucune femme forte en street style ». C’était des petites techniques d’intimidation pour te faire comprendre que tu n’as pas ta place. Des coups de coude, des coups d’appareil photo. Et moi, je ne peux rien faire contre des mecs qui me bousculent. C’’est pour ça que j’ai voulu quitter le street style parce que je ne m’y reconnaissais pas. C’était un peur dur et violent mais en même temps, c’est partout pareil. En entreprise, c’est aussi beaucoup des hommes qui sont aux hautes fonctions, donc je relativise.

J’ai cette chance d’avoir pu sympathiser avec des filles qui m’ont aidée dans ma carrière. Je pense que c’est ça qui fait la différence. Il y a les photos, mais il y a aussi mon capital sympathie et une vraie relation intéressante qui se créé entre les clientes ou les blogueuses parce que je suis une fille.

Qu’est-ce que tu attends de ta vie professionnelle ?
J’attends qu’elle me fasse kiffer. Pouvoir bien vivre, qu’elle me rapporte de l’argent facilement dans le sens où je n’ai pas l’impression d’aller au travail. Les shoots, c’est du travail mais ça n’a rien à voir avec ce que je faisais avant. J’ai la liberté de m’organiser comme je veux. C’est génial !

Je sais que dans 2 ou 3 ans, je vais commencer à tourner en rond. Mon rêve ça serait de m’associer avec quelqu’un de complémentaire pour aller un peu plus loin, proposer des trucs un peu plus chiadés. En fait tout est possible, et c’est ça que j’aime. J’ai quelques idées et je sais que ça va venir quand je serai prête.

Qu’est-ce que tu as appris personnellement en changeant radicalement de carrière ?

« J’ai appris à me détendre ! Et ça dans une vie, c’est quand même un truc assez énorme. »

Au niveau personnel et professionnel, je pense que je ne vivais pas vraiment. J’étais en survie. C’est juste fou d’être enfin libéré de son stress. Même si j’ai du stress comme tout le monde, c’est quand même beaucoup moins qu’avant.

Qu’est-ce que tu voudrais partager avec les femmes qui envisagent de changer de vie elles aussi ?
Je pense qu’il faut s’écouter. C’est bête, mais on le sent ce qu’on a en nous, ce qu’on est capable de faire, ce qu’on a envie de faire.
Après, je pense que c’est bien d’être prudent aussi. On vit dans une époque où il faut qu’on soit épanouis dans tout. J’ai tout quitté mais si j’avais pu continuer comme j’étais avant, je l’aurais fait. Sauf que c’était une nécessité. Il y a des inconvénients à tout, mais lancez-vous. C’est génial d’être libre, de créer des choses.

Photos by Alix de Beer :
Noholita
Kenza

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Amandine Teyssier
Amandine Teyssier
amandine-teys@hotmail.fr

Fondatrice Catalyz'Her : inspiration & empowerment pour accompagner les femmes dans leur {Rêv}olution professionnelle.

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