Armelle, utiliser son vécu pour entreprendre

Armelle, utiliser son vécu pour entreprendre

Rencontre avec Armelle Perben, fondatrice d’Absolutely French, société incubée par HEC à Station F. Armelle revient sur son parcours atypique qui a servi de tremplin à la création de son entreprise, sur les soutiens clés dans son aventure entrepreneuriale, et son engagement au service de l’égalité femmes-hommes.

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Armelle Perben - Utiliser son vécu pour entreprendre - Catalyz'Her

Lorsque Armelle Perben a créé Absolutely French en 2013, elle s’est appuyée sur l’histoire de sa vie : son ennui en cours d’anglais à l’école qui lui vaudra de rater son bac, l’apprentissage nécessaire de nouvelles langues pour s’intégrer dans plusieurs pays d’expatriation, ou encore la difficulté à mener sa propre carrière en tant que femme d’expatrié.

Autant de raisons qui l’ont amenée à créer Absolutely French, société spécialisée dans l’intégration des conjoints d’impatriés en France, à travers des formations de français ludiques et conviviales. Une entreprise dans laquelle elle a mis tout ce qu’elle aimait, et qui est également au service de son engagement personnel : pour que les conjoints d’expatriés – à plus de 90% des femmes – puissent réussir leur intégration et poursuivre leur carrière.

Actuellement incubée par HEC à Station F, Absolutely French voit grand : Armelle et ses équipes travaillent sur le développement de l’entreprise au niveau national et international. Une aventure entrepreneuriale qu’elle conjugue avec sa vie de famille, Armelle étant mariée et mère de quatre enfants.

Armelle, lorsque tu étais petite, qu’est-ce que tu rêvais de faire quand tu serais grande ?
Quand j’étais petite, je voulais être institutrice, comme toutes les petites filles je crois. Et puis la vie a fait que j’ai pris des chemins différents. J’ai raté mon bac à cause de l’anglais parce que j’étais vraiment nulle en langues. Je me suis beaucoup ennuyée pendant mes cours.

Qu’est-ce que tu as fait ensuite ?
La seule possibilité que j’avais en n’ayant pas le bac, c’était de rentrer en BTS hôtellerie-restauration. C’est comme ça que j’ai commencé à travailler dans la restauration. J’étais chef de rang dans des restaurants gastronomiques étoilés. C’est un métier que j’ai trouvé fabuleux. Après 7 ans, j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari. On nous a proposé de partir en Chine pour la première fois, il y a 18 ans.

Comment s’est passé cette première expérience d’expatriation ?
On était à Zhenjiang, une ville d’un million d’habitants à 300 km de Shanghai. Il y a une énorme université et ils m’ont demandé d’être professeur d’anglais, moi qui ne parlais pas du tout anglais !
Je me suis retrouvée à 25 ans face à une salle de 100 élèves qui parlaient mieux anglais que moi. Il a fallu faire en sorte qu’ils m’écoutent, et pour que ça marche, j’ai mis au point des stratégies pour les faire parler plus que je ne parle. Ça a été beaucoup de jeux, de mises en situation,… et la découverte du principe de faire agir les gens pour apprendre une langue. On est restés un an et demi avant de rentrer en France.

Qu’est-ce que tu as fait à ton retour en France ?
J’étais tombée amoureuse de la langue chinoise et je suis rentrée en DESS avec un tiers de mes cours en mandarin. Ça a été super formateur mais je n’ai jamais pu me servir de mon diplôme puisqu’on est repartis pour la Malaisie. Les expatriations ont continué : le Vietnam, puis l’Inde où l’on est restés pendant 3 ans.
C’est en rentrant d’Inde il y a 6 ans que j’ai voulu trouver du travail en France. Pour moi ça allait être facile : j’avais un DESS, je parlais plusieurs langues, j’avais vécu un peu partout,… je pensais que ça allait être comme ça [claquement de doigts]. Sauf que pas du tout ! Ca a été très compliqué. Personne ne voulait de moi, je n’intéressais personne.

Comment est-ce que tu as fait face à ce retour difficile sur le marché de l’emploi en France ?
Pour prouver que je valais quelque chose sur le marché, je me suis dit que j’allais créer mon propre emploi : réfléchir à quelque chose qui retrace ma vie, et pour moi, il y avait d’un côté la langue, mais aussi les difficultés d’intégration et surtout les difficultés d’avoir une carrière en tant que conjoint d’expat’.
Quand je suis rentrée d’Inde, j’étais en colère. Comment ça se fait que quelqu’un qui a vécu 10 ans un peu partout, qui s’est adapté à toutes les situations, qui a su rebondir,… comment ça se fait qu’il n’y ait aucune reconnaissance pour ce parcours de vie ?
Ça a fait son chemin, et je me suis dit que j’allais créer quelque chose pour les conjoints d’expatriés, pour les aider à s’intégrer plus vite, et pour que eux aussi, ils aient une carrière. C’est là qu’est né Absolutely French.
Absolutely French, c’est ce que j’aurais rêvé d’avoir quand je suis partie.

Débuts
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Entrepreneuriat
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Comment est-ce que tu es passée de l’idée à la création ?
J’ai été 2 ans en auto-entrepreneur, et là ça fait 3 ans que la société est montée.
Absolutely French, c’est plus qu’une école de français : c’est beaucoup dans l’action. Pour moi, la formation de français c’est l’outil indispensable pour s’intégrer, mais la langue ne suffit pas. Il faut comprendre l’environnement, comprendre la culture, et avoir un réseau pour trouver du travail. C’est ce que propose Absolutely French de façon ludique avec beaucoup de jeux de rôles et de mises en situation.

En fait, Absolutely French c’est tout ce que j’aime et c’est le résumé de ma vie. Si on prend ce qu’on aime, et qu’on créé une entreprise par rapport à ce qu’on aime, forcément on va avoir plaisir à y travailler. J’ai fait un listing de tout ce que je voulais, et toutes les contraintes que je ne voulais pas : je ne voulais pas travailler le soir et le weekend, ce qui correspond parfaitement à l’emploi du temps d’un conjoint d’expatrié. J’aime les jeux, j’aime la cuisine, j’aime les ballades dans Paris, j’aime la culture,…

« Quand tu créées une boite, tu transmets aussi tes valeurs et ce que tu aimes. Je pense que pour beaucoup d’entrepreneurs c’est ça en fait, tu t’externalises ! »

Comment a réagi ton entourage lorsque tu as voulu créer ton entreprise ?
Il y a eu des réactions hyper positives. J’ai un mari qui me suit depuis le début. C’est quelque chose d’hyper important.

« On ne peut pas créer de boite si on n’a pas l’adhésion de son conjoint. Être conjoint d’entrepreneur, c’est aussi difficile à gérer parce qu’il faut être là, s’occuper des enfants, prendre le relai. »

J’ai fait beaucoup de réseautage, de soirées pour rencontrer des gens, pour parler d’Absolutely French. Du coup, il faut y passer beaucoup de temps et donc que la personne en face soit ok et accepte ça.

Après il y a des gens qui n’ont pas du tout compris, qui m’ont dit : « Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi t’es pas prof tout simplement ? ».
Quand on créé une boite, on est sur une autre dimension, quelque chose qu’on veut partager. Et quand c’est l’histoire de sa vie, que c’est sa passion, et qu’il y a une raison profonde de le faire, ça n’a rien à voir. Moi ça me porte tous les matins. Je viens avec bonheur au travail, c’est un plaisir et je pense que ça, c’est hyper précieux.

La question qui fâche et qu’on ne pose jamais aux hommes : comment fait-on pour concilier entreprise et vie de famille ?
J’ai 4 enfants, de 6 à 13 ans. La petite avait 1 an quand j’ai commencé. Comment ça se passe ? Bien ! Ça n’a jamais été un souci pour moi. Je les ai beaucoup responsabilisés je pense. Dans n’importe quel métier, il faut arriver à composer avec sa famille.

Est-ce que tu as rencontré des moments plus difficiles dans ton projet ?
C’est très dur d’être entrepreneur. Il y a beaucoup de bonheurs parce que c’est notre boite, c’est notre bébé, et on a plaisir à venir travailler, mais c’est très compliqué. Il y a beaucoup de hauts et de bas, il faut quand même le savoir. On sous-estime complètement tout ce qui va se passer. En fait, un entrepreneur, c’est quelqu’un qui gère les difficultés tous les jours. Ton salaire, il ne tombe pas tout seul à la fin du mois. Si tu n’es pas allé chercher des clients, ça ne tombe pas. Il y a aussi cette notion-là de se dire que tout repose sur nous.

Moi j’ai voulu arrêter 1000 fois. Il y a des jours où je me disais : « Non, c’est bon, j’arrête. C’est fini, j’ai plus l’énergie. » Et puis à chaque fois, j’ai eu mon mari et mes enfants qui m’ont soutenue. Mes enfants sont les premiers fans d’Absolutely French ! L’image que je veux donner à mes enfants, c’est aussi un moteur.
Je pense qu’il n’y a pas d’entreprise qui réussisse sans persévérance. Il y a des gens que j’ai contactés il y a 3 ou 4 ans et qui deviennent client maintenant.

« Persévérance, optimisme et adaptabilité… ce sont pour moi les 3 qualités de l’entrepreneur. »

C’est quoi ton truc pour surmonter les difficultés ?
J’ai créé des groupes d’intelligence collective. Je suis allée chercher des entrepreneurs avec avec qui je pouvais échanger une fois par mois sur mes besoins. Pour moi, c’est hyper important. J’ai besoin de pouvoir parler de mes problèmes d’entrepreneure, et je ne peux pas le faire avec une copine qui est salariée parce qu’elle ne va pas comprendre ce que je vis. Et le mentoring, c’est quelque chose de très précieux. Je suis mentor et aussi mentee. Il faut être entouré, sinon je pense qu’on tombe.

Qu’est-ce que tu as appris au cours de ces 5 années d’entrepreneuriat ?
J’ai appris qu’on avait un problème nous les femmes : on manque de confiance en soi. Et ça, c’est vraiment un truc que je dis à beaucoup de femmes que je rencontre : « Il faut y aller quoi ! ». On peut vachement plus que ce qu’on croit.
Moi, j’avais des freins dans ma tête, des gens que je n’osais pas rencontrer. Il faut qu’on arrête nous les femmes avec ce truc de : « Non quand même, je ne peux pas y aller ».
J’ai appris que j’étais capable de faire beaucoup plus que ce que je pensais. Il m’a fallu 40 ans pour me dire que j’étais capable. Qu’est-ce que j’a perdu comme temps ! Donc il faut y aller, c’est maintenant, après ça sera trop tard.

Quel conseil aimerais-tu partager avec les femmes qui auraient envie de se lancer elles aussi ?
J’ai un réseau de femmes qui m’a beaucoup aidée, c’est PWN – Professional Women Network. Quand j’ai commencé, je suis allée dans ce réseau et ça m’a beaucoup aidée justement sur la confiance en soi, le leadership au féminin,… Moi j’ai des femmes qui m’ont poussée !

« La force des femmes, ça doit être ça : s’entraider et pousser d’autres femmes. C’est ce que ce réseau a fait avec moi. »

Je trouve ça hyper important de bien s’entourer et de chercher du soutien parce qu’il y en a autour. Il faut juste pousser les portes, il faut oser.

Justement, tu es active au sein de PWN, et tu t’engages aussi sur l’égalité femmes-hommes à travers Absolutely French. Peux-tu nous en dire plus ?
Pour moi, on a un problème sur l’égalité hommes-femmes, et on a un problème sur l’égalité hommes-femmes dans l’expatriation. La plupart des expatriations sont proposées à des hommes. A CV égal, on va proposer à l’homme parce qu’il y a encore ce truc de la femme, c’est la maman, il y a les enfants… il faut qu’on arrête avec ça. Un couple, c’est une équipe. Que ce soit l’homme ou la femme, il n’y a pas de raison que ça ne soit pas l’homme qui gère les enfants. Il faut faire bouger les lignes.
La première chose chez Absolutely French, c’est favoriser la double carrière dans l’expatriation. Moi ce que je veux, c’est que ces femmes – parce que 90% de nos élèves sont des femmes – elles puissent avoir une carrière comme leur mari.

« Maintenant, les couples ont souvent le même diplôme, le même niveau d’études, donc il n’y a pas de raison que la femme reste à la maison. »

Pour moi, les conjoints d’expatriés, ce sont des gens hyper talentueux, et c’est du gâchis qu’ils n’aient pas le droit d’avoir leur boulot. Je milite beaucoup pour ça. J’organise un événement sur “Comment favoriser la double carrière en expatriation ?” le 28 juin à Station F pour parler de ça avec les DRH et RMI de grandes entreprises. C’est un vrai sujet de société.

Quelle est ta plus grande réussite selon toi aujourd’hui ?
Je suis très fière d’avoir des gens qui travaillent pour moi. Je trouve que c’est très valorisant de se dire que j’arrive à donner des salaires à des gens. C’est juste incroyable !
Après la réussite, c’est d’avoir des élèves qui viennent me voir, qui me disent qu’ils ont adoré Absolutely French, que grâce à nous ils se sentent bien en France. On se dit qu’on a servi à quelque chose, on a rendu des gens heureux, c’est fantastique ! J’ai un boulot fantastique !

INSPIRATION
Pouvons-nous parler d’intégration tant qu’il n’y a pas intégration des coeurs et des esprits ? – Dan George
Ma grand-mère. Mère de 9 enfants, toujours avec le sourire, et toujours sur internet et Facebook à 90 ans passés !
La vie en rose. La musique d’attente quand vous appelez Absolutely French !

Absolutely French en bref :
Absolutely French est spécialiste de l’intégration des conjoints d’impatriés via des formations de français pour favoriser la double carrière et une expatriation réussie. Ludiques et conviviales, les formations s’orientent autour de jeux de rôle et mises en situation (Play & Learn), de jeux de pistes dans Paris (Stroll & Learn), et d’ateliers de cuisine (Cook & Learn).

Empowerment
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Amandine Teyssier
Amandine Teyssier
amandine-teys@hotmail.fr

Fondatrice Catalyz'Her : inspiration & empowerment pour accompagner les femmes dans leur {Rêv}olution professionnelle.

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