Karine, faire rayonner la littérature féminine

Karine Bailly de Robien, faire rayonner la littérature féminine

Rencontre avec Karine Bailly de Robien, directrice associée aux Éditions Leduc.s. Passionnée par son métier d’éditrice, Karine revient sur les raisons qui l’ont poussée à co-fonder il y a 5 ans les éditions Charleston, une maison d’édition indépendante consacrée à la littérature féminine pourtant considérée comme un sous-genre en France.

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Karine Bailly de Robien - Faire rayonner la littérature féminine - Catalyz'Her

Si la Women’s fiction s’écoule à des millions d’exemplaires dans le monde, ce genre littéraire a souvent été mal considéré en France. Cela n’a pas empêché Karine Bailly de Robien de co-fonder les éditions Charleston aux côtés de Stéphane Leduc en 2013. Son déclic : une expérience de vie aux États-Unis où la Women’s fiction triomphe, et son désir de publier des livres qui portent des messages forts à propos du féminin.
Mère de 3 enfants, Karine compare les éditions Charleston à « la création de son 4e bébé ». Il lui aura fallu 9 mois entre l’idée et la publication du premier roman, Les Roses de Somerset de Leila Meacham, en janvier 2013.
Malgré les réticences de certains professionnels du secteur, Karine Bailly de Robien et ses équipes poursuivent leur mission : faire évoluer le regard sur la Women’s fiction, dénicher de nouvelles pépites en France et à l’étranger. Une action soutenue par une communauté de lectrices et lecteurs fidèles puisqu’après 5 années d’existence, les éditions Charleston ont vendu plus d’un million d’ouvrages.

Karine, comment êtes-vous arrivée dans le monde de l’édition ?
C’est vraiment un coup de foudre professionnel que j’ai eu. C’était la fin de mon cursus à Sciences Po, j’ai fait un stage par hasard au service de presse chez Fayard. J’ai eu une illumination. J’ai trouvé ça magique de pouvoir travailler autour des livres, de faire en sorte qu’ils soient lus par le plus grand nombre.

Qu’est-ce qui vous a amenée à créer les éditions Charleston ?
Les éditions Charleston sont nées de l’année que j’ai passée aux États-Unis où j’avais suivi mon mari. Je suis devenue maman à ce moment-là, j’ai passé plus de temps en librairie où j’ai redécouvert ce qu’ils appellent là-bas la Women’s fiction : de la littérature avec un personnage féminin au centre de l’intrigue, à qui il arrive des épreuves et qui les surmonte.
J’ai découvert des pépites, avec des intrigues incroyables, qui font beaucoup de bien, qui permettent de s’évader et qui nous rendent plus fortes face aux épreuves de la vie qu’on connaît toutes.
Notre idée avec Stéphane Leduc quand on a créé les éditions Charleston, c’était de pouvoir publier ces premières pépites que j’avais repérées aux États-Unis et qui n’avaient jamais été publiées en France.

Pourquoi est-ce que le genre Women’s fiction est peu développé en France ?

« Pour beaucoup de personnes, qui dit littérature féminine dit littérature de genre, dit même littérature de sous-genre. Ça fait 5 ans qu’on se bat contre cette idée préconçue. »

On était les premiers à revendiquer haut et fort qu’on faisait de la Women’s fiction.
Au départ, j’avais eu des coups de foudre pour des romans américains qui avaient été publiés parfois dans 5, 15, 20 pays, et vendus à des millions d’exemplaires. Je trouvais ça dommage qu’ils ne soient pas arrivés jusqu’au lectorat français.
Quand on a proposé les premiers romans, j’ai été vraiment surprise par les réactions d’influenceurs, de certains libraires et journalistes. J’ai été surprise et peinée parce que je suis une femme, j’ai deux petites filles, et je ne trouve pas ça acceptable qu’à notre époque, on considère que ce qui est féminin est forcément inférieur à ce qui est masculin, ou à ce qui n’a pas de genre. C’est devenu notre cheval de bataille. Notre mission, c’est de choisir de bons livres, et de montrer que la Women’s fiction est un genre noble et surtout pas un sous-genre. On continue à devoir se battre aussi pour expliquer que la Women’s fiction, ça n’est pas de la romance.

Qui dit Women’s fiction, dit nécessairement auteures femmes ?
Même si on publie de la Women’s fiction, on publie des auteurs hommes et des auteures femmes, de la même façon que nos lectrices sont aussi des lecteurs. Le sujet qui nous intéresse dans cette maison d’édition, c’est le féminin sous toutes ses formes : le féminin puissant, le féminin qui prend sa vie en main, le féminin qui vit des épreuves, qui les surmonte, qui les sublime.
C’est toujours amusant de lire un manuscrit en blind, vraiment en aveugle, et d’essayer d’imaginer qui est l’auteur. C’est ce qu’on fait deux fois par an quand on lance les concours d’écriture. Le jeu entre nous, c’est de ne pas regarder qui est l’auteur des lignes que l’on lit. Ça nous est arrivé d’avoir des coups de foudre pour des textes écrits par des hommes et qui parlaient merveilleusement bien du féminin.

Passion
Karine Bailly de Robien - Faire rayonner la littérature féminine - Catalyz'Her
Féminin
Karine Bailly de Robien - Faire rayonner la littérature féminine - Catalyz'Her

Au-delà du genre littéraire, créer cette nouvelle maison d’édition, ça avait une importance particulière pour vous ?
La création des éditions Charleston, c’est arrivé à un moment de ma vie où je ne voulais plus continuer à travailler comme je le faisais dans la précédente maison d’édition où je travaillais. Ce qu’il y avait de vraiment féminin chez moi, je devais le masquer, je devais cacher que j’étais enceinte, ou alors ne pas le dire. Après avoir accouché, faire comme si je n’avais pas accouché.
Quand je suis devenue mère, je n’avais plus du tout envie de travailler comme ça.
J’avais envie de publier des livres qui soient cohérents avec ce qui était pour moi une mission de vie, l’envie de publier un livre parce que ça a du sens, parce que ça apporte quelque chose à la société, parce que j’ai la conviction qu’à partir du moment où ce livre sera lu, le monde ira mieux.

Est-ce que le sursaut féministe récent a un impact sur le regard porté vers la littérature féminine ?
On a dans notre catalogue des auteures qui sont des chefs de file de ce mouvement que j’appellerai le nouveau féminisme, comme Rupi Kaur, notre insta-poétesse qui publie des poèmes sur Instagram et qui parle du féminin sans tabou.
Je me réjouis de cette réaction de la société, de cette prise de conscience que même si nos aînées ont parcouru beaucoup de chemin pour arriver à l’égalité entre les hommes et les femmes, il y a encore beaucoup de travail à faire pour libérer le féminin, pouvoir parler sans tabou de femmes, ou de sexualité féminine.

Justement, c’est comment d’être une femme dans le milieu de l’édition ?
Les femmes sont très représentées dans le métier de l’édition. C’est un métier de passion, et Dieu merci, les femmes écoutent et suivent leur passion.
Mais c’est aussi un milieu où les postes de direction sont encore beaucoup occupés par les hommes. Des enquêtes montrent chaque année qu’il y a des différences de salaires importantes entre les hommes et les femmes à poste égal dans l’édition aussi.

« Il y a des progrès à faire dans la manière d’aider les femmes de l’édition à concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale, leur vie de maman notamment. »

C’est une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de créer cette maison d’édition avec Stéphane Leduc. Avant, là où je travaillais, même s’il y avait beaucoup de femmes, l’annonce d’une naissance n’était pas forcément une fête. C’était aussi très compliqué d’aménager son temps de travail, il fallait faire de la présence au bureau, être présent pour des réunions qui souvent avaient lieu tard le soir. Je pense que ce sont toutes ces mauvaises habitudes qui empêchent les femmes d’arriver à des postes de direction. Il y a une vraie prise de conscience à avoir pour permettre aux femmes d’avoir de l’ambition, d’aller plus loin, et d’accéder à des postes de direction.

Comment ça se passe aux éditions Charleston sur ce sujet ?
On a la chance dans notre équipe d’avoir beaucoup de jeunes femmes et de naissances. C’est toujours un moment dont on se réjouit, et je m’efforce d’accompagner mon équipe dans ces moments importants comme j’aurais aimé être accompagnée quand je suis devenue maman : en étant à leur écoute, en aménageant le temps de travail, la façon de travailler, en privilégiant le télé-travail, en étant très attentive aux horaires. C’est très important pour moi d’être à l’écoute pour que mon équipe trouve un équilibre, un épanouissement. Ce sont des femmes qui sont très pro, très investies et passionnées par ce qu’elles font. À aucun moment le fait d’être une maman ne doit être un handicap. Au contraire, c’est une force, et je pense que c’est comme ça qu’il faut le voir.

Vous avez un métier très prenant et vous êtes mère de trois enfants. Quel rôle joue votre entourage dans votre équilibre ?
C’est essentiel d’être entouré. On ne peut rien réussir seul. C’est quelque chose que je dis beaucoup à mes amies qui deviennent maman en ce moment. Je leur donne vraiment ce conseil-là, de se faire aider, qu’il n’y a pas de honte à demander de l’aide dans son quotidien.
On a tendance dans nos sociétés à s’isoler alors qu’on a besoin de nos familles, de nos sœurs, de nos frères…

« Un proverbe africain dit : « Il faut tout un village pour éduquer un enfant ». Je trouve que c’est très vrai. Il faut aussi tout un village pour réussir sa vie tout court. »

Pour trouver ce fameux équilibre dans sa vie, il faut être entouré, et bien entouré.

Est-ce que vous avez un modèle qui vous a inspiré dans votre cheminement ?
La personne qui m’a beaucoup inspirée, c’est Sheryl Sandberg. J’avais vu son TEDx où elle parlait de la maternité et de la vie professionnelle au moment où moi-même j’attendais mon premier enfant. J’étais à New York, et je me souviens très bien des conseils qu’elle donnait qui sont vraiment des repères pour moi.
« Don’t leave before you leave » : Quand on est enceinte, il ne faut pas tout de suite décrocher mais rester concentrée sur son projet professionnel.
« Seat at the table » : Ça n’est pas parce qu’on est une femme qu’il faut s’asseoir au fond de la salle. Au contraire, il faut s’asseoir à la droite de Dieu, ou à la place de Dieu ! Ne pas attendre qu’on nous donne une place, mais prendre sa place.

« Et aussi choisir son compagnon de vie, parce que c’est important de choisir la personne avec qui on va construire sa vie de femme, faire ce parcours avec quelqu’un qui comprend ce que c’est l’équilibre au sein du couple et dans la parentalité. »

C’est essentiel pour mener de front sa vie de femme, sa vie de mère, sa vie d’épouse, et sa vie professionnelle.

Qu’est-ce que vous avez appris depuis 5 ans grâce à la création des éditions Charleston ?
Ce que j’ai retenu de cette aventure, c’est qu’on a tendance à s’enfermer nous-mêmes dans des cases. Avant de lancer les éditions Charleston, j’avais travaillé 7 ans dans l’édition de guides pratiques. Je pensais que, alors que je n’avais même pas 30 ans, j’étais déjà complètement spécialisée, et que je ne pourrais jamais être éditrice de littérature.
Grâce à la confiance de Stéphane Leduc, je me suis lancée. J’avais envie de le faire, je savais le faire, j’avais un message à faire passer, presque une mission de vie. Et 5 ans après, on a vendu 1 million de romans.

Inspiration
Karine Bailly de Robien Faire rayonner la littérature féminine - Catalyz'Her
Audace
Karine Bailly de Robien - Faire rayonner la littérature féminine - Catalyz'Her

Quel message aimeriez-vous faire passer aux femmes qui découvrent votre témoignage ?
Je suis persuadée que l’édition, c’est le plus beau métier du monde. Il y a de la place pour les personnes qui sont passionnées, et qui ont envie d’apprendre le métier.
L’autre message, c’est qu’il faut passer au-delà du syndrome de l’imposteur, que ce soit en tant qu’éditeur ou en tant qu’écrivain. Il faut oser aller au bout de son projet, écrire un livre jusqu’au bout, le proposer, faire en sorte d’en faire parler le plus largement possible.

« On est maintenant à une époque où on a besoin d’être en changement permanent, d’être agile. On peut changer de secteur d’activité tout au long de sa carrière. C’est la diversité d’une expérience qui fait la force de chacun d’entre nous. »

De la même façon, il ne faut pas avoir honte d’être une mère au travail. Au contraire, c’est une force.

Quels sont les projets des éditions Charleston aujourd’hui ?
Dès cette année, on a un équilibre entre les best-sellers étrangers et la littérature française. Il y a des pépites qui ne demandaient qu’à être publiées. On est très fiers d’avoir fait en sorte que ces primo-romancières soient lues très largement.
Notre démarche, c’est d’arriver à trouver de nouvelles pépites parmi des auteur·e·s français·e·s qui souvent n’ont jamais été publié·e·s, qui ont écrit un roman qu’ils cachent dans leur tiroir, et on sait qu’il y en a beaucoup.
C’est pour ça qu’on a créé 2 appels à manuscrits. Le premier dans le cadre du prix du livre romantique où l’on cherche une intrigue romanesque avec un personnage féminin fort, qui voyage, et dans lequel il y a une histoire d’amour.
On lance maintenant un 2e appel à manuscrit : le prix de la puissance au féminin, en clin d’œil au livre de Camille Sfez qu’on a publié aux Éditions Leduc.s.

« Si vous avez dans votre tiroir un roman avec un personnage féminin fort, qui se reconnecte au fil de l’intrigue à son féminin puissant, son féminin sacré, qui fait passer un message plus engagé, plus féministe, de retour à la femme matriarcale, à la femme des origines, écrivez-nous. »

On cherche de nouvelles pépites, donc si vous avez un talent particulier et l’envie de faire passer un message à travers un roman, un essai ou de la poésie, on attend vos manuscrits.

+ INFOS
Pour plus d’informations sur les éditions Charleston, ou pour répondre à l’appel à manuscrit de Karine Bailly de Robien :
EditionsCharleston.fr

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Amandine Teyssier
Amandine Teyssier
amandine-teys@hotmail.fr

Fondatrice Catalyz'Her : inspiration & empowerment pour accompagner les femmes dans leur {Rêv}olution professionnelle.

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