Anne, du journalisme à la pratique du Shiatsu

Anne Melcer, du journalisme à la pratique du Shiatsu

Rencontre avec Anne Melcer, 47 ans, aujourd’hui praticienne de Shiatsu. Avant son switch, Anne a mené une carrière de journaliste à laquelle elle ne semblait pourtant pas prédestinée. Elle changera de trajectoire par le fruit de rencontres et de heureux hasards.
Retour sur l’histoire d’Anne, la rencontre avec sa nouvelle activité, le burn-out traversé pendant son switch, et le fil rouge qui l’a conduite à la pratique du Shiatsu.

8 min

Anne Melcer - Interview Switcheuse - Catalyz'Her
Débuts
Anne Melcer - Interview Switcheuse - Catalyz'Her

Quelles études avez-vous suivies ?

Je suis issue d’une famille de scientifiques et de matheux, et moi j’ai fait un DEA de lettres modernes. En l’absence de perspectives de carrière, j’ai alors opté pour un DESS d’administration des entreprises à l’IAE, notamment pour me conformer au besoin familial de faire des études. J’avais choisi l’option Ressources Humaines, c’était ce qui m’intéressait le plus. J’envisageais de faire de l’accompagnement à la gestion de carrière, mais avec la crise de 1993, les ressources humaines se limitaient à mettre en place des plans de licenciements.

Du coup je suis partie un an à New-York où j’ai travaillé dans des cafés et à la Mission Française auprès des Nations-Unies. Cette année a été très fondatrice et m’a permis de m’émanciper de beaucoup de choses. Mais lorsque je suis rentrée, je ne savais toujours pas quoi faire de moi, je n’avais aucun désir.

Comment s’est alors passé votre début de carrière ?

J’ai enchainé des petits boulots jusqu’à une opportunité chez Renault sur le site de Cléon, puis au siège de Boulogne. J’ai ensuite eu plusieurs expériences dans la communication financière, puis comme rédactrice.

Par hasard, je suis tombée sur une annonce sur le site de l’INA pour un poste de rédacteur pour un magazine de design, de graphisme et de culture visuelle. Je n’avais aucune formation de journaliste, aucun réseau,… et ils m’ont prise. Ils cherchaient quelqu’un qui puisse écrire et développer une certaine capacité de travail. C’était totalement inespéré.

« J’ai été catapultée avec un statut de journaliste, et la fameuse carte de presse qui donne accès à des personnes ou des événements que je n’aurais jamais connus par ailleurs. »

Comment s’est passée votre expérience en tant que journaliste ?

Je me suis rendue compte que les communiqués de presse étaient surexploités, et plutôt que de cracher du feuillet à la pelle, moi je voulais faire du reportage. C’était d’ailleurs ce que je pouvais apporter au journal: mon point de vue.

J’ai rencontré plein de personnes super intéressantes. Et il y avait un moment magique : avant de débuter l’interview, il y avait toujours une certaine méfiance, une retenue de la part de mon interlocuteur… jusqu’au moment où la personne s’ouvrait, et là l’interview commençait vraiment. C’était lié à ma façon de travailler, à mon absence de formatage puisque je n’avais pas de formation de journaliste.

« Au final, le sel de ce métier pour moi, c’était de rencontrer des gens, et de vivre ce moment où ils s’ouvraient. »

Mais par ailleurs, écrire a toujours été une souffrance pour moi: le doute constant, la remise en question,… c’était vraiment très dur. Tout le monde me disait: « Anne, tu écris tellement bien! ». Mais je m’étais enfermée dans une espèce de prison tout seule.

Par ailleurs, il y a eu un conflit avec mes patrons qui me reprochaient ma trop grande indépendance. J’ai alors commencé à m’interroger sur ma situation. Je travaillais beaucoup, et il y avait aussi toutes les soirées auxquelles je devais participer, je ne mangeais presque jamais chez moi… J’étais très fatiguée. Je sentais que mon corps commençait à saturer de tout ça.

Quelle a été l’issue ?

De fil en aiguille, on a cherché un arrangement avec mes patrons. J’ai pris une avocate pour m’épauler. Je savais que je devais changer de boulot, mais c’était encore très flou. Après avoir négocié ce licenciement, même sans idée de ce que je voulais faire, je savais que j’avais pris la bonne décision et que j’avais agi avec justesse. J’ai senti une libération profonde.

A ce moment-là, je me suis rendue compte que je ne supportais plus qu’on me voit comme une intellectuelle.

« J’avais porté l’image d’une cérébrale très longtemps, et je n’étais pas ça. Ca s’est imposé à moi: j’avais besoin de travailler non plus seulement avec ma tête, mais avec tout mon corps, toute ma personne. »

Je n’avais pas d’idée pré-conçue. Ça faisait 5 ans que je pratiquais les arts martiaux, donc j’étais sensibilisée à une discipline qui allie corps et esprit. J’ai alors cherché dans le centre que je fréquentais pour découvrir différentes techniques de massage, mais sans projet particulier.
Par ailleurs, sachant que j’étais libre, différentes personnes m’ont contactée pour des piges, et donc la transition s’est faite en douceur. J’avais 33 ans, et je suis devenue journaliste pigiste.

De quelle manière le Shiatsu est-il alors arrivé dans votre vie ?

Un jour, un de mes rédacteurs en chef me propose d’interviewer Bruno Moisan, un professeur de Shiatsu qui ouvrait une salle dans Paris. Deux mois avant ça, j’avais rencontré deux personnes qui faisaient du Shiatsu. Je n’en avais jamais entendu parlé avant. On m’avait fait un soin et l’effet avait été assez fulgurant, physiquement et mentalement. Là-dessus, cette interview qui tombe. Je me suis dit qu’il se passait un truc. Deux jours après l’interview, je rappelais Bruno pour m’inscrire à sa formation. Ca n’a pas été plus réfléchi que ça.

« Finalement, à partir du moment où j’ai décidé de quitter mon ancienne vie, aussi bien l’homme avec qui j’étais, que mon boulot, tout s’est éclairé. »

C’est comme si j’avais fait un ménage de fond, et j’ai alors senti que j’avais besoin de m’impliquer mentalement et physiquement dans ce que je ferai. Et finalement, le Shiatsu est venu à moi. Je me suis alors formée, mais sans projet spécifique derrière. La formation durait 4 ans. J’ai commencé à pratiquer au bout de 2 ans, en parallèle de mon activité de pigiste.

Qu’est-ce que cette période de formation vous a appris ?

Le Shiatsu est un travail assez physique, et j’ai vu que les gens aimaient le recevoir. Et ça m’a aussi appris que j’aimais vraiment les gens, à la fois les toucher, les écouter,… j’ai commencé à trouver ça super bien. Et ça m’a rappelé ce que j’aimais dans le journalisme: ce moment où les gens s’ouvraient. Ca m’a fait du bien de voir qu’il y avait un lien dans mon parcours.

J’ai eu la chance d’avoir des personnes qui m’ont fait confiance pour que je puisse m’exercer et progresser. La confiance accordée par ces différentes personnes m’a aidée à dépasser les périodes de doutes.

Pendant 35 ans, on m’avait reproché d’être quelqu’un de très froid, et là on me disait que j’étais quelqu’un de chaleureux, avec des mains chaudes, un esprit ouvert… Ca m’a changé moi, mon rapport au monde. C’est une pratique totalement impliquante, donc ça a été au-delà d’un simple changement de métier.

Quel regard votre entourage a porté sur ce changement de cap ?

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, j’ai rencontré mon compagnon à cette époque. Et j’ai eu mon fils pendant mes années de formation. Il a été très malade petit, et un an après cet épisode, j’ai fait un burn-out. Je n’avais plus de force, j’avais de l’eczéma sur les mains – mon outil de travail – ce qui m’a amenée à énormément douter.

Ce qui m’a sauvée dans ce changement de carrière, c’est d’avoir mon compagnon qui a été un véritable pivot pour passer ce cap. Ca a été une grande chance pour moi d’avoir cette force-là à mes côtés. J’ai pu poursuivre ma formation, mes mains se sont soignées… et j’ai décroché ma certification en 2011.

Je continuais mes piges, j’avais aussi quelques patients. Ca a duré comme ça quelques années jusqu’à ce que mes piges s’éteignent d’elle-mêmes. Ecrire avait fini par me désintéresser totalement. En 2014, j’ai commencé à travailler dans un centre et ça a marqué mon changement de statut.

Mon père était à fond derrière moi, il trouvait mon projet génial.

« Dans le milieu journalistique dans lequel je baignais auparavant, les gens voyaient ça comme un hobby. Ils n’auraient jamais cru que je basculerai d’un monde à l’autre. »
Switch
Anne Melcer - Interview Switcheuse - Catalyz'Her
Indépendance

Comment se passe votre vie maintenant que vous êtes praticienne Shiatsu à plein temps ?

J’ai continué à me former pour approfondir ma pratique, notamment en intégrant des principes de médecine chinoise adaptés au Shiatsu. Cette formation était reconnue par mon organisme de formation qui a pu gérer le financement. J’ai quitté le centre pour lequel je travaillais en parallèle, et je suis donc totalement autonome désormais. Je reçois les patients chez moi, ou je me déplace chez eux.

C’est pour moi une vraie joie. Je fais quelque chose que j’estime être éthique, qui correspond à ce que je voulais au départ. Le Shiatsu est pour moi une façon de permettre aux gens de retrouver une autonomie physique et psychique. En apportant cette autonomie, j’ai le sentiment de contribuer à une meilleure harmonie générale. Finalement, je fais un peu des ressources humaines, comme quoi!

La qualité du lien que j’établis avec les gens qui viennent me voir… c’est très riche. Intimement, je suis très contente d’avoir laissé mon ancienne vie derrière moi. Un retour en arrière serait inenvisageable pour moi.

« Ma réussite, c’est l’émancipation et le fait d’être devenue autonome. Faire ce qui me convient parce que quelque chose s’est ouvert en moi. C’est cela qui m’a permis de découvrir ce qui allait me nourrir, et de ne plus être influencée par les croyances extérieures qui étaient de véritables freins. »

J’ai une visibilité minime sur mon activité, je ne fais pas de plan parce que pour l’instant, je me suis attelée à ma pratique et à l’acquisition de connaissances. Mais il me reste à travailler sur le pan développement commercial de l’entreprise. Je trouve petit à petit ma posture de thérapeute et j’évalue de mieux en mieux ce que vaut ce type de travail.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui s’interrogent sur la suite à donner à leur carrière ?

Je pense qu’à un moment, il y a une petite place à faire en soi. Il faut se battre contre ses propres croyances: avoir peur de gagner moins d’argent, de ne plus fréquenter les mêmes personnes, de changer de milieu… ça n’a aucune importance. Ce sont autant de fils à la patte qui mettent un frein à notre autonomie. Il y a un travail de renoncement qui peut paraitre très lourd sur le moment, mais qui est extrêmement allégeant et libérateur en fin de compte. Il faut faire des deuils et se décider à rentrer dans une démarche de changement.

Quand on est dans une période où l’on se cherche, et qu’on ne sait pas comment faire le tri, il faut se faire accompagner, quitte à continuer encore un peu le même job dans des conditions différentes.

« Pour ma part, je n’avais pas de désir particulier, et j’ai appris à ne plus me fondre dans le désir des autres, ou dans ce que la société nous renvoie. »

Ne pas se laisser envahir par les angoisses de l’autre, et finir par penser que ce sont les nôtres.
Se faire accompagner aide à faire émerger des choses, et à discerner ce qui nous appartient de ce qui ne nous appartient pas, qu’il s’agisse de nos désirs fondamentaux, ou de nos croyances.

Chez moi, c’est l’émergence du désir qui m’a permis de faire un choix, même si c’était très flou: travailler avec ma tête ET mon corps. Ca a été une révélation pour moi.
Ensuite, il est important de comprendre que rien n’est jamais fini. Même une fois qu’on a changé de carrière, il ne faut pas laisser se refermer ce qui s’est ouvert. Ca n’est jamais terminé.

Shiatsu-Ti en bref :
Le Shiatsu est art thérapeutique et de bien-être qui restaure et mobilise la communication entre le corps et l’esprit, active l’énergie, dénoue les blocages physiques, psychiques et émotionnels. Un soin indiqué pour un ensemble de troubles (fatigue, mal de dos, douleurs articulaires, burn-out, angoisses,…). Anne Melcer intervient auprès des particuliers – ses patients ont entre 18 mois et 93 ans ! – et des entreprises.

 

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Shiatsu-Ti.fr

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Amandine Teyssier
Amandine Teyssier
amandine-teys@hotmail.fr

Fondatrice Catalyz'Her : inspiration & empowerment pour accompagner les femmes dans leur {Rêv}olution professionnelle.

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